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Dans les villages Dogon, sur les pas du Maire

Durant deux jours, nous accompagnons Ali Inogo Dolo dans son travail de sensibilisation des habitants. Direction d’abord le village de Banani en contrebas de la falaise de Bandiagara. Là-bas, nous y rencontrons les notables sous la case à palabres. Construite sur huit piliers en bois sculpté, la case à palabres ou toguna est le lieu de rencontre des anciens du village, uniquement des hommes. Ils s’y réunissent pour discuter des affaires du village. Son toit est anormalement bas pour obliger les villageois à s’asseoir et éviter tout excès de colère.
La politique communale doit s’accommoder des traditions. En cas de conflit au sein du village, les notables interviennent. Si l’affaire ne se résout pas, la Mairie prend le relais. Car la Mairie est aussi le représentant de la Justice et de la Police qu’elle peut faire intervenir.

Le Hogon, autre personnalité du Pays Dogon, est le chef spirituel qu’on retrouve traditionnellement dans chaque village. Aujourd’hui, ils sont de moins en moins nombreux suite à l’arrivée d’autres religions. Si tous les Dogon restent animistes pour reprendre les propos d’Ali, l’Islam et le Christianisme convertissent de plus en plus de personnes. Le poids du Hogon dans le système politique Dogon tend donc à se réduire.

Pour s’attacher les louanges des notables et des villageois, le Maire doit faire preuve de pragmatisme. Avec un budget annuel de 35 à 40 millions de francs CFA, les ressources financières de la commune de Sangha représentent une goutte d’eau dans les besoins économiques, sociaux, éducatifs et sanitaires des habitants.

A Banani, les notables réclament un barrage pour pouvoir cultiver toute l’année. Actuellement, les villageois cultivent le mil pendant la courte saison des pluies entre juin et septembre. En dehors de cette période, les eaux se perdent dans les sols. Contrairement à d’autres villages comme celui de Bongo sur la falaise, ils ne peuvent pas cultiver l’oignon.
Au barrage de Marcel Griaule, les agriculteurs profitent de la présence du Maire pour lui soumettre l’idée de création de petits bassins de rétention d’eau pour éviter les allers et retours pénibles des femmes qui portent jusqu’à 20 litres d’eau par trajet pour arroser les champs.

A regarder les plastiques et autres détritus qui traînent dans Sangha, on imagine le travail de sensibilisation qu’il reste à mener en matière environnementale. Sans compter que se pose le problème du recyclage. Aujourd’hui, les déchets sont au mieux brulés, le plus souvent dans la rue. Ali est conscient de la problématique. Mais, les besoins de consommation ont évolué bien plus vite que la sensibilisation environnementale. Et les moyens manquent cruellement…

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

Autre problématique du Maire et pas des moindres : l’éducation. La démographie chez les Dogon ne cesse de progresser. Tous les enfants ne vont pas à l’école car il manque de professeurs et il est plus lucratif de quémander aux touristes de passage. Si certains voyagistes comme la Balaguère se positionnent clairement pour un Tourisme Responsable, d’autres n’établissent aucune recommandation pour leurs clients. Il est impératif de ne pas succomber aux « petits cadeaux » aux enfants, aux bonbons, aux stylos et autres pièces de monnaie. Ce petit geste, s’il apporte bonne conscience aux touristes de passage, asservie l’enfant et prolonge le rapport douloureux de la colonisation. Il renforce les rapports de soumission et ne favorise pas l’esprit d’initiative. Ne rien donner aux enfants, c’est finalement mieux les respecter. Un sourire, une main tendue, quelques paroles valent tous les cadeaux du monde.

Certains villages ont des écoles fondamentales (publiques) mais devant le grand nombre d’enfants à éduquer, l’Etat ne forme pas suffisamment de professeurs. Du coup, soit le village se cotise pour créer une école communautaire ou islamique, soit les enfants ne vont pas à l’école. Ali nous conduit sur le chantier d’un collège en construction. Le neuvième de sa commune. 400 élèves répartis sur trois classes pourront y étudier. Les moyens manquent cruellement.


Voyage réalisé avec La Balaguère, spécialiste des voyages à pied et randonnées dans les Pyrénées et dans le monde

Grégory ROHART

Fondateur des blogs www.i-trekkings.net et www.i-voyages.net et www.my-wildlife.com, je blogue Voyage, Roadtrip, Outdoor et Safari. J'encadre aussi des voyages photo sur les thématiques qui me passionnent : voyage, safari et trek.

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