Vous êtes ici >>

Tadjélahine : le tassili oublié des Ajjers

Plus grand musée à ciel ouvert d’art rupestre au monde, le tassili des Ajjers au cœur du Sahara algérien, possède encore ses coins secrets. Le plateau de Tadjélahine, à mi chemin entre Djanet et Illizi, est de ceux là.
Découverte des peintures rupestres de Tadjélahine sur les pas d’Henri Lhote.

Arche saharienne naturelle sur le plateau Tadjelahine
Arche saharienne naturelle sur le plateau Tadjelahine

Le Tassili des Ajjers : le plus grand musée à ciel ouvert d’art rupestre du monde

Le tassili N’Ajjer, situé au nord de Djanet dans le sud-est de l’Algérie, est le plus grand musée à ciel ouvert d’art rupestre au monde. Sur 115 000 km², environ 15 000 peintures et gravures rupestres évoquent un Sahara habité et fertile et constituent autant de témoignages des populations de pasteurs nomades dont certaines auraient plus de 7000 ans. Pour ses raisons, le tassili N’Ajjer est classé patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1982 et réserve de l’homme et de la biosphère depuis 1986.

Les scientifiques distinguent grosso-modo quatre grandes périodes :

  • La période bubaline (gravures de faune sauvage) et la période des têtes rondes (peintures de personnages à tête circulaire) de 6500 ans avant JC à 4000 ans avant JC
  • La période bovidienne (scènes pastorales) de 4000 ans avant JC à 1500 avant JC
  • La période caballine (scène de chevaux et de chars) de 1500 avant Jc à l’année 0
  • La période cameline (scènes de chameaux) à partir de l’année 0

Les sites de Sefar, de Tamrit et de Jabbaren ont la faveur des voyageurs pour leurs grands intérêts rupestres mais aussi car ils sont proches de Djanet. Situé à 200 km de Djanet sur la route qui mène à Illizi, le plateau de Tadjélahine reçoit injustement peu de visiteurs.

Caravane de dromadaires sur le plateau Tadjélahine
Caravane de dromadaires sur le plateau Tadjélahine

Le tassili oubliée de Tadjélahine

Le plateau de Tadjélahine est une importante région rupestre qu’Henri Lhote a porté à la connaissance du public dans les années 70. Trois des abris sous roche de Tadjélahine sont des sites éponymes : les grottes d’Ihéren, de Tahilahi et les tafoni de Tin Abanière. Déserts est au moment du reportage la seule agence française à se rendre sur ce tassili.

Pour Amadou Hampaté-Bâ, la scène des « bœufs accroupis » représentent la cérémonie du lotori chez les peuls bororo qui consiste à conduire le troupeau quotidiennement au marigot en souvenir de l’origine aquatique des bœufs. Henri Lhote défendra cette thèse. Depuis, les spécialistes ont démontré qu’elle n’était fondée sur aucun argument scientifique valable. Le Sahara, carrefour des civilisations étaient pourtant une idée romanesque des plus attachantes.
Pour Amadou Hampaté-Bâ, la scène des « bœufs accroupis » représentent la cérémonie du lotori chez les peuls bororo qui consiste à conduire le troupeau quotidiennement au marigot en souvenir de l’origine aquatique des bœufs. Henri Lhote défendra cette thèse. Depuis, les spécialistes ont démontré qu’elle n’était fondée sur aucun argument scientifique valable. Le Sahara, carrefour des civilisations étaient pourtant une idée romanesque des plus attachantes.

Iheren

L’abri n’est ouvert qu’au nord et ne reçoit pas de soleil de la journée, ce qui explique la bonne conservation des peintures. Sur 9 mètres de long et 3 de large, des centaines de peinture ont été dessinées, la grande majorité par le même artiste. Un Léonard de Vinci des temps anciens.

Iheren constitue une des grandes écoles artistiques de l’ère bovidienne. Les peintures sont dessinées au trait (parfois la surface interne est marquée par un aplat en tonalité claire) avec des personnages, de type europoïdes (blancs), souvent armés d’un javelot ou d’une lance, encore parfois d’un arc.
Les fresques représentent des scènes pastorales. Mais en plus des bœufs que l’on rencontre pendant toute cette période, on peut observer des chèvres et des moutons. Les personnages, chasseurs ou gardiens de troupeau, sont détaillés avec une minutie extraordinaire et un sens du détail remarquable : coiffe, vêtements, mains, armes…

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

Les peintures de l’abri d’Iheren ont été portées à la connaissance du grand public par Henri Lhote dans son ouvrage Vers d’autres tassilis.
Les peintures de l’abri d’Iheren ont été portées à la connaissance du grand public par Henri Lhote dans son ouvrage Vers d’autres tassilis.

Tahilahi

Découvert par Georges le Potevin en 1950, l’abri de Tahilahi aurait été peint par le même artiste. Pour cette raison Alfred Muzzolini, ingénieur-géologue, docteur en préhistoire, parlait du style de peintures d’Iheren-Talihali.
Comme à Iheren, les fresques se composent d’une centaine de peintures différentes. L’artiste joue avec le relief de l’abri comme pour la scène des moutons s’abreuvant dans la fissure de la roche. Les personnages ont des coiffures étonnantes : en forme de palmiers, aplaties sur l’arrière de la tête, tresses ou encore chignons. Pour Muzzolini, les coiffes évoquent les bas-reliefs du Nouvel-Empire égyptiens. Les scènes de chasse, rare dans le groupe négroïde, sont ici bien plus présentes. Les animaux sauvages sont aussi bien représentés : éléphant, lions, girafes, antilopes, autruches…

A Tadrast, la grande majorité des peintures sont de style Tin Abaniora. Toutefois, l’une d’elle est différente des autres représentations. Trois personnages cernés font face en souriant. Le dessin a été réalisé avec un aplat ocre. La peinture peut sans doute s’apparenter à l’école des Têtes Rondes mais réalisée à une période plus récente. L’expression du visage reste une bizzarerie que la communauté scientifique n’arrive pas à expliquer.
A Tadrast, la grande majorité des peintures sont de style Tin Abaniora. Toutefois, l’une d’elle est différente des autres représentations. Trois personnages cernés font face en souriant. Le dessin a été réalisé avec un aplat ocre. La peinture peut sans doute s’apparenter à l’école des Têtes Rondes mais réalisée à une période plus récente. L’expression du visage reste une bizzarerie que la communauté scientifique n’arrive pas à expliquer.

Tin Abanière

Tin Abanière, le site des esclaves si on se réfère au dictionnaire franco-tamahaq du Père de Foucauld, est une autre école artistique. Les abris rassemblent des peintures de l’ère bovidienne à cameline. Dans les tafoni, on peut observer de nombreuses vaches mais aussi des personnages aux traits fins essentiellement de type négroïde et relativement élancés. Certains d’entre-eux portent des mini-shorts. A côté des bœufs apparaissent quelques moutons. Pour réaliser les fresques, les artistes ont utilisé la technique de l’aplat avec une large palette de coloris (contrairement à l’école de Séfar-Ozanéaré).

Les peintures du plateau de Tadjélahine sont de magnifiques objectifs de balade permettant de mieux saisir ce qu’à pu être la vie des nomades d’autrefois. Sans être un spécialiste de l’art rupestre, on peut aisément apprécier les peintures comme on le ferait devant un tableau de Van Gogh.

Chaque soir nous nous retrouvons autourd u feu en compagnie de nos amis Touareg
Chaque soir nous nous retrouvons autour du feu en compagnie de nos amis Touareg

Informations pratiques

Cette zone de l’Algérie n’est aujourd’hui plus couverte par les agences de voyage pour des raisons de sécurité. Espérons que la situation géopolitique change dans cette partie du monde afin que tout à chacun puisse découvrir les magnifiques peintures rupestres du tassili Tadjélahine.

Quant partir ?

La meilleure période va de novembre à mars.

Attitudes rupestres

Les peintures rupestres sont des dessins picturaux fragiles. Ne pas utiliser de flash ni humidifier les peintures pour faire ressortir les couleurs. Suffisamment de dégâts ont déjà été faits.

Bibliothèque de voyage

Sites internet

  • http://aars.fr/ : Association des Amis de l‘Art Rupestre Saharien
  • http://rupestre.on-rev.com/ : Site de Jean-Loïc Le Quellec, chercheur au CNRS et membrede l’AARS
  • http://www.persee.fr/ : Article d’Alfred Muzzolini, publiée en 1981 dans la revue de l’Occident Musulman et de la Méditerranée, sur le groupe europoïde d’Iheren-Tahilahi, étage « bovidien final » des peintures du Tassili.
Grégory ROHART

Fondateur des blogs www.i-trekkings.net et www.i-voyages.net et www.my-wildlife.com, je blogue Voyage, Roadtrip, Outdoor et Safari. J'encadre aussi des voyages photo sur les thématiques qui me passionnent : voyage, safari et trek.

2 commentaires au sujet de “Tadjélahine : le tassili oublié des Ajjers”

Laisser un commentaire

14 Shares
Share via
Copy link