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Québec : mes escales, d’une rive à l’autre du Saint-Laurent

 

Bien au nord de la ville de Québec, j’ai musardé tantôt sur une rive du Saint-Laurent –l’un des plus grands fleuves du monde–, tantôt sur l’autre. Avec ses îles secrètes ou ses hauts lieux touristiques, c’est un monde en soi. J’y ai multiplié les escales. Les baleines m’ont ébloui à Tadoussac et j’ai été ébahi de trouver des pointes de flèches en silex taillées par les premiers Amérindiens près du lac Temiscouata.

« Là, regardez, elle va venir respirer. C’est Blizzard, un rorqual à bosse, une jeune femelle. » Nicolas, le capitaine de notre gros Zodiac, la connaît bien pour la voir souvent dans la baie de Tadoussac. Les baleines ont en effet des signes distinctifs qui permettent de les identifier. Bélugas, rorquals, elles sont des dizaines ici,  paisibles, qui apparaissent et s’éclipsent à leur gré.

Comme tous les autres passagers alignés en rang d’oignon face à l’eau, je suis engoncé dans une lourde tenue imperméable qui s’avère bien utile  Aujourd’hui, le Saint-Laurent est calme. Mais de temps à autre un bon paquet d’eau vient tout de même nous asperger.

Dans la baie de Tadoussac sont visibles la plupart des espèces de baleines, sans compter phoques et dauphins. © Marc Loiselle
Dans la baie de Tadoussac sont visibles la plupart des espèces de baleines, sans compter phoques et dauphins. © Marc Loiselle

Rorquals et bélugas à Tadoussac

Personne n’y prend garde, et pour cause. Le spectacle est magique. Là un jet de vapeur fuse en l’air, là c’est une large queue qui émerge, majestueuse. Je m’escrime avec mon appareil photo pour vite abandonner tout espoir de faire un cliché digne de National Geographic : toujours un temps de retard. Ces instants sont trop fugaces.

Autant s’emplir les yeux de ces moments inoubliables. Outre les phoques et les dauphins, j’ai vu en une petite après-midi la plupart des espèces de baleines. Pas étonnant que la baie de Tadoussac, classée parmi les plus belles du monde, attire autant de monde. Malgré cela –du reste, elle est tellement vaste qu’il n’y paraît pas–, c’est l’une de mes escales préférées sur le Saint-Laurent. Il y en a bien d’autres.

Pour moi, l’aventure commence à Baie-Saint-Paul, plus au sud. Un bourg aux maisons multicolores et fleuries où un commerce sur deux est une galerie de peinture. Avec son ambiance bohème, il flotte dans l’air un parfum d’insouciance qui me met de bonne humeur.

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

La lumière et les paysages si particuliers des environs attirent depuis les années 1920 nombre d’artistes. Parmi les précurseurs, Marc-Aurèle Fortin. Ou encore Clarence Gagnon qui s’est beaucoup inspiré ici pour illustrer le célèbre roman « Maria Chapdelaine », cette ode à l’appel de la terre. Ils ont fait beaucoup d’émules et le village peut se flatter d’un festival d’art contemporain très réputé.

Le joli bourg de Baie-Saint-Paul, village des peintres depuis le début du siècle dernier.
Le joli bourg de Baie-Saint-Paul, village des peintres depuis le début du siècle dernier.

Au royaume de la musique et de la sculpture

C’est une étonnante exposition de sculptures contemporaines qui est présentée à ciel ouvert dans un endroit d’une rare beauté, le Domaine Forget. Surplombant le majestueux fleuve, il accueille devant ses vénérables bâtiments de bois 16 créations monumentales. Elles sont signées par de grands noms: notamment John Henry, d’ailleurs commissaire de l’exposition, Albert Paley ou Peter Lundberg. Ce « jardin des sculptures », montré ici au public jusqu’au printemps 2017, était auparavant présenté à Atlanta, en Géorgie. Avec les acquisitions –une dizaine de créations non moins remarquables– faites au fil des ans par le Domaine Forget, il forme un ensemble impressionnant.

Géré par une association à but non lucratif, le Domaine Forget s’étale sur 56 ha. Il organise chaque année une académie de musique et de danse. Quelque 500 jeunes venus du Québec et du monde entier prennent alors possession des lieux, d’anciennes résidences de riches industriels construites au début du siècle dernier. Parallèlement se déroule un festival international avec une trentaine de concerts, depuis la musique de chambre jusqu’au jazz.

Le Domaine Forget est situé à Saint-Irénée, à une vingtaine de minutes au sud de La Malbaie. Entrée libre au « Jardin des sculptures ».

S’ajoutant à la dizaine d’œuvres possédée par le Domaine Forget, 16 créations monumentales sont présentées dans un site incomparable.
S’ajoutant à la dizaine d’œuvres possédée par le Domaine Forget, 16 créations monumentales sont présentées dans un site incomparable.

La signature d’Elvis Presley

Plus triviale, voici la Maison du Bootlegger, à une trentaine de km de là, à Ste-Agnès. En 1939, au temps de la prohibition, un riche héritier new-yorkais ouvre là une maison de jeux clandestine. Il transforme une vaste demeure en tripot destiné aux riches industriels venant chasser ou pêcher dans cette région perdue. En apparence, le Club des Monts est tout ce qu’il y a de plus respectable. Mais l’alcool coule à flots, le jeu est roi derrière les portes cachées, dans les pièces dissimulées. Même le toit est truqué. Parmi les illustres clients, bien plus tard car les choses ont perduré longtemps, un certain Elvis Presley : il a laissé sa signature sur un mur, en 1970.  Je me suis bien amusé en en faisant le tour, avant de faire honneur à un bon steak dans ce fameux grenier, devenu un restaurant.

La maison du bootlegger, un tripot clandestin, avec portes dérobées et chambres cachées.
La maison du bootlegger, un tripot clandestin, avec portes dérobées et chambres cachées.

C’est un autre monde, de la même époque mais bien plus laborieux, qui m’attend un peu plus loin, à Saint-Joseph-de-la-Rive. Dans un cadre magnifique, entre forêt et fleuve, se présente le musée maritime de Charlevoix. Sur cet ancien site d’hivernage sont exposés quelques navires, tirés au sec. Un remorqueur, de vieilles goélettes. Dans l’une, la « Jean-Yvan », je découvre le difficile métier de marin. Et, dans l’ancienne scierie, une intéressante exposition m’en apprend tant et plus sur les caboteurs sillonnant le Saint-Laurent pour ravitailler les villages,  transporter le bois. Notamment sur la « Mont-Sainte-Marie », la plus grande jamais construite sur ce chantier, dans les années 1950. Sa carcasse est échouée ici.

La pire tragédie

Sur l’autre rive, à Rimouski, le Site historique de la Pointe-au-Père vient rappeler la pire tragédie jamais survenue : le naufrage de l’ « Empress of Ireland » après une collision dans le brouillard avec un charbonnier norvégien. Le paquebot était en partance pour l’Angleterre lorsqu’il a sombré, le 29 mai 1914. De l’épave, qui repose par seulement 42 m de fond, ont été remontés bon nombre d’objets dans les années 60. En contemplant la cloche, la vaisselle ou le transmetteur d’ordres exposés dans les vitrines, je ne peux m’empêcher de songer aux victimes, 1 012 sur les 1 477 passagers. Là-dessus, la découverte des entrailles d’un sous-marin, l’ « Onondaga », exposé à côté du musée au pied d’un beau phare, me change les idées.

Le phare de la Pointe-au-Père, devant le musée retraçant la tragédie de l’ »Empress of Ireland » © SHMP
Le phare de la Pointe-au-Père, devant le musée retraçant la tragédie de l’ »Empress of Ireland » © SHMP

L’escale suivante m’amène encore au bord de l’eau, celle du lac Temiscouata cette fois, dans le parc national du même nom. Il a été ouvert en 2013 et recouvre notamment les plus anciens sites archéologiques du Québec. Dans le cadre des animations du parc, on peut y jouer à l’archéologue d’un jour en compagnie d’un professionnel chevronné. J’ai donc embarqué dans un canoë, pagayé jusqu’à l’un des sites répertoriés. Il y en a déjà plusieurs dizaines, et l’on ne cesse d’en trouver de nouveaux. Rien de spectaculaire. Si ce n’est qu’en grattant la terre on trouve des pointes de flèche en silex taillées par les premiers Amérindiens, il y a plus de 10 000 ans. C’est comme si je sentais leur souffle.

Informations pratiques

Bonnes adresses

  • Hôtel La Ferme (4*),  à Baie-St-Paul, un complexe ultramoderne à l’architecture design, plutôt cosy, face au St-Laurent.
  • Hôtel Fairmont le Manoir Richelieu (4*) une grande demeure historique avec une vue à couper le souffle sur le St-Laurent et un golf
  • Auberge des Trois Canards une adresse gastronomique sur les hauteurs de La Malbaie.
  • Hôtel Tadoussac à Tadoussac (3*)    autre demeure historique, face à la baie. L’hôtel propose des forfaits vélo et croisière aux baleines.
  • Domaine Valga à 40 minutes de Rimouski une auberge très confortable dans un authentique chalet de rondins, construit par les maîtres des lieux, perdue dans les bois en pleine nature. Le domaine comprend aussi un lac (pêche et canotage) ainsi qu’un parc d’accrobranche.
  • Hôtel-restaurant du Chemin-Faisant, une adresse sympathique doublée d’une table gastronomique tout près du lac Temiscouata.
  • Côté Est, un café-bistro sympathique, 76 avenue Morel dans ce village de carte postale qu’est Kamouraska
  • Observation des baleines en baie de Tadoussac avec les Croisières AML
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Journaliste venant de la presse régionale, maintenant je ne fais plus que ce que j'aime. C'est simple, non ?

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