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Interview Volodia Petropavlovsky

C’est internet qui m’a permis de croiser les pas de Volodia Petropavlovsky. Rencontré pour la première fois au salon des Randonneurs de Lyon, c’est au terme de sa traversée de l’Alaska en canoë que je le rencontre une nouvelle fois. C’était à l’occasion de son intervention aux cafés de l’aventure organisé par la Guilde et la Société des Explorateurs Français.

Conférence de Volodia Petropavlovsky au café de l'aventure

Comment t’es venu l’idée de partir seul sur ta traversée de l’Alaska et sans grande expérience du canoë ?

Cette grande aventure j’en ai eu l’idée quand j’avais 17 ans lorsque j’ai lu le livre Sibéria de Philippe Sauve où il fait un récit de sa traversée de la Sibérie en canoë. superbe ouvrage. Ça était la révélation pour moi. Je me suis dit « il faut que je fasse un truc identique ».

 

J’ai commencé à mon niveau : j’ai descendu la Loire sur 800 km en kayak à 18 ans, j’ai fait quelques périples à pied. Et puis cette année je suis parti pour cette grande aventure : la traversée de l’Alaska d’est en ouest en canoë jusqu’à la mer de Béring. J’ai descendu deux rivières : la Tanana sur 800 km puis le Yukon sur 1200 km.
Je voulais une aventure engagée et en solo comme l’avait fait avant moi Philippe Sauve et bien d’autres.

Alors c’est vrai que j’avais quasiment aucune expérience du canoë. C’est plus difficile à manier qu’un kayak. Mais le coup de main est venu très vite. En canoë, on pagaie d’une seule main toujours du même côté. Et pour maitriser ce geste, j’ai fait deux descentes de 20 km avant de partir.

La mini-bio de Volodia Petropavlovsky

  • 24 novembre 1989 : naissance à Roanne (42)
  • 2007 : Bac es – découverte de Siberia, j’imagine mes premiers projets de voyage
  • 2008 : 18 ans – descente de la Loire en kayak sur 750km et 16 jours – tour du Mont-Blanc en solo sur 10 jours
  • 2009 : traversée des Alpes de Nice à Chamonix en solo par le gr5 (25 jours)
  • 2010 : traversée de la Laponie à pieds par le Kungsleden (450km et 21j) – licence de géographie
  • 2011 : traversée de l’Alaska en canoë en solo
  • 2012 : Actuellement en maîtrise de géographie physique.

Tu es presque entrain de nous dire que la ménagère de moins de 50 ans pourrait se lancer sur une traversée de l’Alaska en canoë.

Physiquement, on peut y arriver, car on parvient à s’habituer à l’effort quotidien. Par contre, ce qui important, c’est d’accepter de faire cet effort, souvent dans des conditions difficiles, de manquer de sommeil, d’avoir froid, peur parfois,… C’est physique, mais tout se joue surtout dans le mental !

Les coups durs…

C’est allé très vite. J’ai failli mourir dès le cinquième jour. J’avais pas mal d’informations sur le Yukon parce que la rivière est régulièrement descendu mais aucune sur la Tanana hormis des images satellites de Google Earth. Je suis peut-être un des premiers à l’avoir descendu.
Et j’ai pu constater une fois sur place qu’elle est vraiment très dangereuse sur sa partie supérieure, dans les 400 premiers kilomètres. Les courant est très très très puissant, il y a d’énormes tourbillons et des troncs d’arbres un peu partout sur la rivière qui viennent faire barrage parfois.

Au bout de 200 km, la Tanana devient une rivière en tresse avec plein de petits méandres dans lequel il faut louvoyer, toujours anticiper l’arbre mort qui va traîner et sur lesquels la rivière projette à une vitesse phénoménale tout ce qui est sur l’eau. Et un canoë, ça n’est pas un kayak, ça peut se retourner facilement, ça n’est pas très stable et ça ne garde pas trop le cap même si on peut le manœuvrer beaucoup plus rapidement qu’un kayak de mer.

Et du coup ce cinquième jour, je me suis fais poussé par le courant sur un arbre mort. J’ai essayé de lutter. Mais c’était peine perdue. Mon canoë a tapé l’arbre et je me suis retourné. J’ai failli ête en hypothermie tellement l’eau était glacé. Heureusement que je portais mon gilet de sauvetage car j’avais la respiration qui se coupait et les muscles qui se bloquaient. J’ai réussi à agripper une branche et à remonter sur la rive. J’ai eu un coup de chance. Mon canoë après s’être retourné s’est remis droit et il ne s’est pas rempli d’eau tout de suite. Il s’est encastré dans un autre arbre. Le courant le remplissait d’eau petit à petit. Quasiment rien n’était tombé à l’eau mise à part le matériel photos et un peu de nourriture. Le plus important était rester dans le canoë. Je suis allé récupéré le canoë en le tirant sur la rive. Je ne sais toujours pas comment j’ai fait car il devait peser des centaines de kilos avec toute l’eau qui se déversait dedans. J’ai réussi à sauver mon matériel et ça ça m’a sauvé la vie. Il n’y avait rien autour. Sans nourriture et matériel, j’étais un homme mort.

C’est à ce moment que j’ai pris conscience des risques. Avant tout se passer à merveille. J’avais le sourire jusqu’aux oreilles, il faisait beau, j’étais dans l’aventure imaginée. J’avais un peu peur des ours, je devais faire attention aux tourbillons mais là en frôlant la mort, je dois dire que j’ai eu envie de rentrer. Et puis, après tu te dis « ton aventure tu l’as vie ; ça fait des années que tu la rêves. Impossible d’arrêter ».
Le lendemain, je décide de passer les obstacles par la terre. Je fais plusieurs allers-retours à porter le canoë et le matériel. 3h00 à porter des sacs de 30 kg sous le stresse et la pluie. Je me remets à l’eau un peu plus loin. La rivière est toujours aussi dangereuse. Il pleut. Je perds ma bâche imperméable. Toutes mes affaires prennent l’eau. C’était vraiment la catastrophe à ce moment là. J’avance toute la matinée et puis soudain sur l’autre rive, j’aperçois une cabane avec de la fumée. Je traverse la rivière à toute vitesse en espérant ne pas me prendre un autre tronc d’arbre. J’accoste à coté d’un bateau à moteur. Une femme en k-way sort de la cabane et m’invite à me réchauffer à l’intérieur. J’ai su que j’étais tiré d’affaires.

Et c’était qui ?

C’était un groupe d’indiens qui travaillaient sur un chantier dans la forêt. Ils logeaient dans une cabane en rondins de style trappeur avec un poêle au milieu et les couchettes autour. Ils m’ont accueillis tout de suite sans se poser de question. Ils m’ont invité à sécher mes affaires. Je leur ai raconté mon histoire. Pour eux, je suis le mec le plus fou et le plus chanceux qu’ils connaissent. Tous connaissent au moins une personne qui est morte dans la rivière. D’ailleurs, l’un d’entre-eux ne m’a pas cru quand je lui ai dit que je faisais la traversée en canoë. Pour lui, c’était impossible. Il a fallu qu’il aille vérifier sur la berge si je ne racontais pas des bobards. Ils étaient très sceptiques sur mes capacités à descendre la Tanana. Ils n’ont pas cessé de me dire que la rivière était très dangereuse. Ils m’ont dit « On va prier pour toi ».

Je reste finalement trois jours avec eux. Ça m’a permis de me détendre. Pendant ces trois jours, j’étais au rythme de vie des indiens. On buvait de la bière, du whiskies, on fumait de la drogue. C’était loin d’être reposant car on faisait ça 20 heures par jour. Mais, psychologiquement, ça m’a aidé à repartir.

Et puis, je suis reparti. J’ai effectué d’une traite les 45 miles qui me restaient pour arriver à la ville de Delta. Pas mal de frayeurs encore mais c’est passé.

Direction Fairbanks ensuite à 450 km du point de départ. C’est la grande ville de l’Alaska intérieur avec 35 000 habitants. J’avais prévu d’y faire une halte pour me ravitailler en vivres et acheter un nouvel appareil photo puisque le mien était parti à l’eau. Fairbanks n’est pas visible depuis la rivière ; elle est cachée par la forêt. Je longeais la rive droite le plus possible pour ne pas rater la ville. J’aperçois une vieille piste, j’amarre mon canoë, je m’approche. L’endroit était un peu bizarre avec des carcasses d’avion. Une femme arrive. Elle me dit, non non vous n’êtes pas à Fairbanks mais à North Pole, 25 km avant. Je retourne au canoë. Je me prépare à manger car il est déjà 15h00. Deux cavaliers arrivent au galop et commence à m’interroger : qui t’es ? D’où tu viens ? Ils pensaient que j’étais un indien car je commençais à avoir la peau tannée. Je leur explique mon histoire. Une demi-heure plus tard, je prenais la direction de leur maison. J’y suis resté cinq jours.
J’ai l’impression quand tu me parles de ton aventure que tu y es allé pour être au cœur du wilderness et finalement tu sembles très marqué par les rencontres.
On croise tellement peu de monde sur la rivière que les rencontres sont marquantes. Les gens ne s’attendent pas à croiser quelqu’un. Ils sont intrigués et engagent très vite la conversation. Les gens sont très sympas, accueillants et extrêmement polis. Et le fait d’être seul ne rend pas asocial, bien au contraire. J’avais des aprioris sur les américains. Ça ne s’est pas du tout vérifié.

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

Les rencontres est un des aspects les plus importants de mon voyage.

Volodia Petropavlovsky

Tu as fais ton voyage armé

Oui. J’ai acheté une arme sur place à Tok d’où j’ai démarré ma traversée. Au début, je voulais entrer en Alaska armé mais c’est difficile d’obtenir les renseignements exacts concernant la législation sur l’importation d’une arme. Même les douaniers n’ont pas su répondre à ma question quand je suis entré dans le pays.

J’ai d’abord acheté une bombe lacrymogène mais c’est insuffisant. Le jet dure 5 secondes et peut aller à 30 pieds. S’il y a un coup de vent, c’est fini.
Dans le village d’où je suis parti, je suis allé à l’armurerie. On m’a dit que je n’avais pas le droit d’acheter une arme neuve car je n’étais pas citoyen américain mais par contre je pouvais acheter une arme d’occasion. Alors pourquoi, je n’ai toujours pas compris. Quoiqu’il en soit, ça m’arrangeait bien et j’ai acheté un fusil à pompe de calibre 12 et une quinzaine de cartouches pour me protéger des ours. Mais je ne m’en suis pas servi sauf pour m’entrainer.

Empreinte d'ours

Et les ours…

Sur place, j’ai du appliquer les consignes classiques de sécurité : ne pas avoir de nourriture dans sa tente, ne pas cuisiner là où on fait son bivouac. C’était tellement contraignant que j’ai fini par manger des pâtes froides le soir.
En cas d’attaque d’ours, certains donnent pas mal de conseils. Les indiens disent juste « il faut le buter ».

Sur la Tanana, je n’ai vu que des ours noirs de loin, sur la rive opposée. Sur le Yukon, j’en ai croisé trois dès le premier jour dans une petite crique étroite. Le canoë passait à peine. Les eaux sont très claires. Parfait pour pêcher. Bien sûr, je ne prends rien. Je vois pas ma de castors. Je prends des photos. C’est joli. Et puis soudain, juste après avoir quitté la crique, trois ours, une mère et ses deux petits, se tiennent exactement à l’endroit où j’étais auparavant. Là, j’ai franchement eu un coup de sang.

Quand je posais le camp le soir, il y avait souvent d’énormes empreintes d’ours, parfois de grizzly. ça fait toujours froid dans le dos.

Ma deuxième rencontre d’ours, elle m’a vraiment fait flipper. C’était un midi, je préparais ma popote. Mon réchaud était posé contre la berge pour l’abriter du vent. D’où j’étais, je ne voyais pas ce qui se passait au dessus de moi. J’entends un craquement. Je fais un pas en arrière, regarde vers le bruit. Un ours noir à trois mètres de moi me regardait. Mon cœur s’est emballé. J’ai bondi sur mon canoë, sorti le fusil. Le temps de me retourner, l’ours s’enfuyait. De nous deux, je ne sais pas qui a eu le plus peur.

Et ton équipement

Je suis parti avec un canoë monoplace en fibre, bien adapté aux rapides de la Tanana. Je l’ai acheté 600$ en Alaska.

Sinon, j’avais le matériel classique du randonneur : sac de couchage, tente, réchaud à essence, habits imperméables, bottes. J’ai vraiment galéré pour trouver des bottes en Alaska. Un gilet de sauvetage et une deuxième pagaie si je venais à perdre la première. Dans la poche de ma veste que je ne quittais presque jamais, j’avais un feu de détresse, des allumettes imperméables, un couteau, des hameçons.

Castor

Et sans moyen de communication je crois

Oui, ce que je voulais c’est vivre l’Aventure, avec un grand A. Pour moi ce qui fait que l’on passe de voyage à expédition, c’est le niveau d’engagement. Donc bien sûr, c’est engagé lorsqu’on pagaie sur des rivières sauvages du Grand Nord, mais ça l’est encore plus lorsqu’il n’y a pas de possibilités de repli et qu’en cas de problème il faut se débrouiller. Pour moi, ne pas prendre de balise de détresse ou de téléphone satellite allaient de soi. C’est un principe qui m’est cher, une aventure simple et engagée, sans logistique, moyen de communication,…bref, c’est du sans filet !
Je conçois cependant que d’autres préfèrent prendre plus de précautions, c’est surtout une question d’acceptation du risque : quel niveau de danger est on prêt à courir ? Il faut vraiment se poser la question avant de partir !

Quand on rentre d’une aventure de trois mois comme celle-là, comment est-on en rentrant.

Déprimé. Anéanti. Le retour a été très difficile. Je ne voulais pas quitter l’Alaska. Sur le départ, les larmes me montaient au yeux.
Et puis, deux jours après mon retour, je négociais déjà mon inscription hors délai à la fac. Après trois mois de survie, c’est dur de se heurter à un corps administratif.
Cette expédition, je l’avais rêvé. Je l’ai faites et maintenant il y a un grand vide. Je ne m’en suis toujours pas remis.

Ça veut dire que forcément tu vas repartir ?

Oui forcément. En Alaska aussi mais peut-être pas pour refaire une expédition. J’aimerais retourner voir les indiens et les inuits et de faire un reportage sur leur mode de vie. La culture indienne est passionnante. Ils vivent encore de façon traditionnelle tout en étant connectés avec le monde moderne. Il est possible que j’y retourne l’été prochain.

Mais d’ici là, j’ai un projet d’écriture de livre sur cette aventure.

Grégory ROHART

Fondateur des blogs www.i-trekkings.net et www.i-voyages.net et www.my-wildlife.com, je blogue Voyage, Roadtrip, Outdoor et Safari. J'encadre aussi des voyages photo sur les thématiques qui me passionnent : voyage, safari et trek.

1 commentaire au sujet de « Interview Volodia Petropavlovsky »

  1. Bonjour,
    j’ai le même age que Volodia et j’aime les voyage…avec peu de moyens matériel et beaucoup d’imprévus!
    Je dois dire que le récit du voyage de Volodia rejoint à cent pour cent mes centres d’intérêt,
    ça me laisse admiratif et rêveur,
    toute mes félicitations pour cette superbe aventure !

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