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Australie : immersion en terre aborigène

Aujourd’hui, l’Australie vante les mérites de “la plus ancienne culture au monde”, celle des Aborigènes. Mais ce ne fut pas toujours le cas : les Aborigènes ont mené un très long combat pour faire reconnaître leurs droits et leurs traditions.

Ce sont les premiers hommes d’Australie. Les Aborigènes arrivèrent d’Asie il y a plus de 60 000 ans sur le continent, comme l’ont prouvé les découvertes de l’archéologue australien Rhys Jones en 1989 dans les terres reculées d’Arnhem au nord du pays. Pourtant, à partir de 1770, les Aborigènes vont être dépossédés de leur terre et de leur titre de “premier peuple” avec l’arrivée du lieutenant James Cook et des premiers colons britanniques, qui vont faire comme si le territoire était vide avant eux.

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Des Aborigènes dépossédés de leur terre

Pour s’approprier la majeure partie de l’Australie, la Grande-Bretagne recourt à un principe juridique fort commode pour elle : le principe de “terra nullius”, qui signifie que les terres n’appartiennent à personne s’il n’y a pas de système de propriété ou étatique en place. Les Aborigènes, des chasseurs et cueilleurs, ne cultivent en effet pas la terre et sont très éloignés du concept occidental de propriété. Il faudra attendre 200 ans pour que certaines terres soient partiellement restituées aux Aborigènes dans le Territoire du Nord avec la signature de l’Aboriginal Land Rights Act en 1976. Et ce n’est qu’en 1992 que la Haute Cour d’Australie invalide le principe de terra nullius et reconnaît l’antériorité des Aborigènes !

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Une assimilation forcée

Au-delà de la spoliation des terres, les colons ont rejeté la culture des Aborigènes qu’ils considéraient comme “primitive” et ont cherché à les assimiler à la vie occidentale, souvent par la force. Dans un discours à Redfern en 1992, le Premier ministre Paul Keating admet : “C‘est nous qui avons dépossédé les Aborigènes. Nous avons pris leurs terres traditionnelles et brisé leur mode de vie traditionnel. Nous avons apporté les désastres. L’alcool. Nous avons commis les meurtres. Nous avons enlevé leurs enfants à leurs mères. Nous avons pratiqué la discrimination et l’exclusion. C’était notre ignorance, et nos préjugés”. Aujourd’hui, l’identité et la culture des Aborigènes sont considérées comme une composante de la nation australienne. Sur le papier du moins, car, dans la réalité, les Aborigènes sont toujours victimes de racisme et de discriminations.

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Le Temps du Rêve, la genèse du monde

Si certains ont tendance à mettre tous les Aborigènes dans “le même panier”, rien n’est moins faux. L’image de l’Aborigène vivant au milieu du désert au sein de sa communauté est un cliché : la majorité d’entre eux vivent dans une ville. Et de quels Aborigènes parle-t-on ? Il y aurait environ 400 clans, chacun avec sa propre langue, son propre territoire, ses propres mythes et pratiques.

Ce qui les réunit néanmoins, c’est l’importance vitale qu’ils accordent à la terre et à cette notion de Temps du rêve qui explique la genèse de l’univers. Accrochez-vous, c’est un peu compliqué. Selon leur croyance, le monde n’était que néant jusqu’à ce que Baiame, le créateur, engendre ce qu’on appelle des “ancêtres” sous forme d’êtres humains, animaux ou plantes.

En parcourant le territoire, ils vont former des paysages et créer le monde, ce qui explique que chaque site foulé puisse devenir sacré : un rocher, un lac, une colline… Jusque-là, ça va, mais ce qui complique les choses, c’est que chaque endroit (qui devient totem) correspond à un mythe auquel le clan est spirituellement lié. Et que chaque clan a ses propres totems et mythes. Quand on vous disait que les Aborigènes ne sont pas un peuple homogène !

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

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Des sites sacrés foulés par les ancêtres

Certains sites sont devenus plus touristiques que d’autres. Et pour cause, ils sont grandioses. Ainsi, dans le Territoire du Nord, le rocher d’Uluru, connu aussi sous le nom d’Ayers Rock, semble émerger de nulle part et culmine à 350m. Il est sacré pour les tribus Pitjantjatjara et Yankunytjatjara, mais aussi… pour l’Unesco qui l’a inscrit au Patrimoine mondial. Sarah explique sur son blog pourquoi elle a été déçue de la découverte d’Uluru.

Dans cette même région, le Kakadu National Park concentre le plus grand nombre de peintures rupestres aborigènes du pays : on a dénombré pas moins de 5000 sites ! Il figure lui aussi au Patrimoine mondial de l’Unesco à la fois pour sa nature luxuriante mais aussi pour son témoignage culturel.

Au centre du pays, la route Red Center Way vous emmène dans  le “cœur rouge” de l’Australie, à la découverte de plusieurs sites sacrés : Uluru dont on a déjà parlé, Kata Tjuta et ses 36 dômes de grès, ou encore le cratère de Gosse Bluf de 20 km de diamètre qui aurait été formé par la chute d’un bébé… depuis la voie lactée. Un arrêt s’impose à Alice Springs, qui met en avant la peinture aborigène à travers de nombreuses galeries et aussi l’Araluen Arts Center qui dispose de la plus grande collection des œuvres d’Albert Namatjira, le plus célèbre des peintres aborigènes.

Dans le sud de l’Australie, les monts Grampians sont aussi renommés pour leurs sites d’art rupestre, avec plus de 4000 dessins recensés : des personnages mythologiques, des chasseurs, des animaux…. Le centre culturel de Brambuk, situé dans le village de Halls Gap, organise des excursions, tout en faisant découvrir la culture aborigène à travers des ateliers d’art plastique ou de didgeridoo, des démonstrations de boomerang, des visites pédagogiques autour des plantes, et des dégustations de plats du bush…

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L’art aborigène

Chez les Aborigènes, vous l’aurez compris, tout est lié à la spiritualité, y compris l’art. Les cérémonies rituelles vont honorer les ancêtres et transmettre le rêve aux jeunes générations sous diverses formes: chant et danse au son du fameux didgeridoo, peinture corporelle, fabrication de totems, dessins sur le sol, objets gravés et peints, ornements…

La peinture occupe une place importante. Traditionnellement, les peintures sont éphémères, comme celles pratiquées sur le sable, sur le sol ou sur le corps. Dans les années 1930, l’art aborigène attire l’attention de quelques amateurs éclairés, notamment les aquarelles d’Albert Namatjira qui fait figure de pionnier. Mais c’est surtout dans les années 70, en pleine période d’émancipation et de revendication politique, que l’art aborigène acquiert un statut d’œuvre d’art, avec la naissance du mouvement Papunya Tula, des artistes qui transposent sur la toile leur vision des déserts. Aujourd’hui, l’art aborigène (peinture, sculpture, gravure, photographie, installation…) s’expose dans le monde entier.

Sur les marchés, les touristes trouveront de quoi emporter un bout de cette spiritualité : paniers tressés, coquillages gravés,  peinture sur tissu, gravure sur bois, bijoux traditionnels…

Sandrine Bavard

Journaliste, diplômée de l’EPJ de Tours, Sandrine a toujours été curieuse de la marche du monde. Au gré de ses voyages, elle aime vivre des expériences fortes : de la jungle de Malaisie jusqu’au Salar de Bolivie en passant par le désert du Sahara. C’est parfois à ses risques et périls, mais c’est toujours autant d’anecdotes de voyages à raconter et surtout… à partager !

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