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Voyage au Salvador sur les pentes des volcans

Du sommet des volcans jusqu’aux plages : quelques jours durant, j’ai sillonné le Salvador, un attachant petit pays d’Amérique centrale. De plantation de café en sites mayas –dont un, exhumé des cendres, aux allures de Pompéi– en passant par les anciennes villes coloniales, j’ai été conquis. D’autant plus que les Salvadoriens sont d’une exquise gentillesse et les paysages tout simplement superbes. Retour sur mon Voyage au Salvador sur les pentes des volcans.

 

Un éclatant vert émeraude : au fond du cratère, deux cents mètres en contrebas, le lac est d’une couleur étonnante. Il bouillonne çà et là –des gaz brûlants s’en échappent– et des fumerolles planent au-dessus de la surface. Presque verticales, les parois sont parcourues de stries slalomant en tous sens, du plus bel effet avec une palette de teintes de l’ocre au rouge soulignées de noir.

A mes yeux, le spectacle vaut largement les efforts de la rude montée jusqu’au sommet du volcan de Santa Ana –l’Ilamatepec en langage indigène, le nahuat– dans l’ouest du pays. Avec ses 2 381 m, il est le plus haut du Salvador. Mais ce n’est pas l’expédition de l’extrême puisque la rando débute à 1 850 m, devant une cabane du parc national des Volcans. D’une superficie de 270 km², celui-ci est le cœur d’une réserve classée biosphère de l’Unesco.

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La nuit, le volcan et ses coulées de lave étaient visibles depuis les navires en mer

La montée est payante, encadrée par un guide et un garde. Avant le départ, ce dernier m’explique qu’il faut se méfier des serpents. Vipère heurtante ou serpent corail, il y a là pas moins de quatre espèces au venin particulièrement redoutable ! En cas de morsure, les secours doivent intervenir en moins de trois heures, sinon…  Il n’y a jamais eu, paraît-il, d’accident. Le véritable danger se trouve en haut. Lorsque les imprudents s’aventurent trop loin sur l’arrête du cratère, qui devient de plus en plus étroite.

voyage au Salvador

Tout cela ne m’empêche pas de profiter du panorama. Loin là-bas s’étale la grande tache d’un magnifique bleu azur du lac Coatepeque, que le magazine National Geographic a rangé parmi les dix plus beaux du monde. C’est le cratère d’un ancien volcan. Et, chemin faisant, j’ai tout loisir d’admirer un autre volcan, l’Izalco, l’un des trois qui encadrent le Santa Ana. Avec son cône presque parfait qui se découpe sur le bleu du ciel et les nuages blancs, il me fait penser à un dessin d’enfant. Culminant à 1 950 m, l’Izalco est surnommé le « phare du Pacifique ». Aujourd’hui encore en activité, il a été en éruption constante de 1890 à 1966. La nuit, les coulées de lave étaient visibles depuis les navires en mer !

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Situé sur la Ceinture de feu, le Salvador vit sur les pentes de volcans. Il n’en compte pas moins de 75. La plus forte densité au km² du monde. Un sinistre privilège : les deux dernières catastrophes, survenues à un mois d’intervalle en 2001, ont occasionné quelque 6 000 victimes.

Mais aussi l’origine d’une terre incroyablement fertile. Grâce à cela, le café –une plante d’un excellent rapport financier– est la principale richesse du Salvador. Dès que ses exigences, à commencer par une certaine altitude, sont satisfaites, il y en a partout. Notamment dans l’ouest du pays. Baptisée « route des Fleurs », une jolie route touristique y relie Sonsonate à Ataco. Traversant une demi-douzaine de villages, elle s’appelle ainsi parce qu’au printemps les caféiers sont en fleurs, toutes blanches.

Le « Pompéi des Amériques »

Presque aux portes de la capitale San Salvador a été découvert en 1976 un village maya ensevelis sous les cendres, Joya de la Ceren. Ce « Pompéi des Amériques » est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. A la différence de la ville romaine, aucune victime n’a été trouvée dans les maisons mises au jour, 10 sur les 18 que comptait la communauté.

Sans doute alertés par les tremblements de terre, les habitants ont eu le temps de fuir l’éruption du volcan Loma Caldera, vers l’an 600. Mais on y a trouvé les restes des canards, dindons et autres animaux qu’entretenaient déjà les anciens Mayas. Leurs plantations aussi : haricots, maïs, cacao, manioc…

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Des découvertes riches d’enseignements, tout comme celles liées aux étonnantes connaissances architecturales des Mayas. Car les murs et les fondations des maisons, probablement construites longtemps avant la catastrophe, sont presque intacts.

Terre des anciens Mayas, le Salvador s’enorgueillit de plusieurs sites archéologiques prestigieux.

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

A commencer par celui de Tazumal, le plus grand du pays, qui se trouve dans le village de Chalchuapan. Ce sont d’anciens temples, construits les uns sur les autres entre le Ier siècle avant J-C et le XII° après J-C. Pas moins d’une vingtaine de rois mayas y sont enterrés. L’ensemble, qui a aujourd’hui la forme d’une pyramide, est relié aux ruines d’un palais édifié à une période plus tardive. J’ai été impressionné par la majesté qui se dégage des lieux. Et encore plus par cet autel où se déroulaient des sacrifices humains : les Mayas se disputaient l’honneur d’être immolés –en se faisant arracher le cœur– à la gloire de leurs dieux.

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L’un des meilleurs cafés du monde

« El Carmen Estate » est l’une des plus grandes plantations du café du pays. J’ai visité le domaine, implanté à la sortie du gros bourg d’Ataco. Passionnant ! Depuis la baie, qui pousse sur un arbuste à l’ombre de grands arbres, jusqu’au grain sec et ensaché, les différentes étapes du café n’ont plus de secret pour moi. Ou presque.

L’apprentissage me plaît d’autant plus que l’entreprise, créée en 1930, a un charme fou : les installations sont délicieusement vieillottes. Et le café –un arabica de type bourbon bien corsé qui s’appelle Ataco, tout simplement–  est sacrément bon. L’un des meilleurs au monde, avance le producteur en toute modestie. D’ailleurs, on ne repart pas sans une dégustation comparée. N’allez pas croire qu’il s’agit de boire de manière plus ou moins attentive deux tasses de deux crûs différents. Non, c’est un vrai et long rituel de professionnel. Force m’est de reconnaître que je ne suis pas encore mûr pour postuler chez Starbucks ou Illy, qui se fournissent ici.

Pendant longtemps, café a rimé avec exploitation des uns, les indigènes, prospérité des autres, les grands colons. Dans le village de Nahvizalco, à l’ombre de la belle église qui, construite en 1660, est l’une des plus vieilles du pays, se trouve un humble musée. Il  rappelle la terrible  répression qui s’est abattue sur les Nahuatis lorsqu’ils se sont révoltés contre leur dure condition. Non loin de là, Santa Ana, la deuxième ville du Salvador, affiche l’opulence dans laquelle vivaient les planteurs : de riches demeures, une flamboyante cathédrale néo-gothique, un théâtre et un casino Art nouveau.

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L’indigo, « or bleu »

Bien plus petite, Suchitoto, vers l’est du pays, étale pareillement sa gloire passée. Mais ici, c’est l’indigo qui lui a permis d’écrire ses plus belles pages. Cette plante servant à teindre les tissus, que les conquistadors espagnols appellent « l’or bleu », a fait la fortune de la bourgade pendant plus de trois siècles. Jusqu’à ce que les produits chimiques prennent le dessus.

Aujourd’hui, la petite ville a toujours son aspect riant. J’ai aimé me promener à l’ombre des arcades qui bordent les grandes maisons basses. Toutes sont colorées. Chacune met un point d’honneur à ne pas présenter la même teinte que sa voisine. Autour de la vieille église Sainte-Lucie, dans les rues écrasées de soleil, je trébuche parfois sur un pavé plus haut qu’un autre. Mais qu’importe : cette vie indolente et alanguie me convient parfaitement.

Heureusement qu’il y a la plage pour m’en arracher. Au Salvador, « le petit Poucet de l’Amérique latine », rien n’est jamais loin. Et il a l’avantage d’offrir 320 km de côtes. Dans tous les genres. Contrairement à celles de l’est du pays, plus Robinson, ici, la plage de la Libertad est plutôt style « Malibu ». J’y déguste un succulent poisson frit –la langouste à un prix défiant toute concurrence m’a pourtant fait hésiter– sur une terrasse en balcon. Tout en admirant les nombreux surfeurs qui s’en donnent à cœur joie. A défaut de pouvoir les imiter, je vais ensuite piquer une tête dans les vagues de l’océan Pacifique : l’eau est à 28°.

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Informations pratiques sur mon voyage au Salvador

Renseignements

Central America Tourism Agency (CATA)
Site : visitcentroamerica.com

Institut guatémaltèque du tourisme (INGUAT)
Site : inguat.gob.gt

Corporation salvadorienne du tourisme (CORSATUR)
Site : corsatur.gob.sv

Bonnes adresses

  • Boutique-hôtel Sal & Luz  à San Salvador, une oasis de charme et de tranquillité, plutôt intimiste, non loin du centre. La table est à la hauteur du cadre.
  • Restaurant Las Brumas à San Salvador, près du sommet du volcan de Boqueron. Une excellente table avec en prime une vue magnifique sur la ville et ses environs.
  • Restaurant El Jardin de Celeste près d’Ataco, une cuisine traditionnelle avec aussi d’excellents desserts dans un endroit très fleuri et joliment décoré.
  • Boutique-hôtel Casa Degraciela à Ataco. Quelques chambres autour du grand patio d’une magnifique demeure familiale du XVIIIe. Un accueil très attentionné.
  • Hotel Los Almendros de San Lorenzo à Suchitoto : une adresse de charme dans une ancienne demeure coloniale, tenue par un Français.
  • Café Sunzal sur la plage de Sunzal à Libertad : l’endroit parfait pour déguster poissons et fruits de mer tout en admirant les surfeurs à l’œuvre, avant d’aller soi-même piquer une tête.

Activités

  • Visite d’une plantation de café au domaine El Carmen à Ataco depuis la plante jusqu’au conditionnement, en passant par une véritable dégustation. La quinta propose aussi hébergement, promenades à dos de cheval ou en quad.
  • Atelier d’indigo à Arte Anil à Suchitoto. Irma Guadron propose une initiation à la teinture à l’indigo avec des méthodes traditionnelles comme le faisaient ses grands-parents. Contact : irmadeline21[at]yahoo.com tel. (503) 7230-1185.
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Journaliste venant de la presse régionale, maintenant je ne fais plus que ce que j'aime. C'est simple, non ?

2 commentaires au sujet de “Voyage au Salvador sur les pentes des volcans”

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