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Royaume de Bahreïn : à la recherche des huîtres perlières

Bahreïn : des gratte-ciels et des boutres

Dans certaines situations, on se demande où on est. C’est le cas, ce matin-là, dans le petit bateau blanc, qui file à faible allure vers la haute mer. Je vais pêcher des perles ou plutôt des huîtres perlières. Ce n’est pas tant l’activité, pratiquée depuis des millénaires dans les eaux mi-salées de Bahreïn, qui me rend un peu désemparé mais le décor alentour. A l’horizon, une skyline futuriste, hérissée de tours et de gratte-ciels, se fond dans la brume de chaleur. A tribord, on distingue l’imposante silhouette pyramidale du Art Rotana, un 5 étoiles bâti sur une des îles artificielles d’Amwaj avec l’argent du pétrole.

Bahrain Bay ©Aurélien Pelsener – Voyage Way

Et, dans notre sillage, nous voyons disparaître les silhouettes des « dhows», les boutres traditionnels en bois qui embarquent toujours les pêcheurs pour de longs jours de mer. Au port, nous les avons vus transporter torse nu et chaussés de grosse bottes, par 35°, les énormes nasses de fer et des mètres de lourds filets. C’est ce choc temporel qui désarçonne, un contraste que je vais souvent rencontré lors de ces quelques jours passés au royaume de Bahreïn, minuscule état insulaire d’Arabie dans le golfe persique.

Boutre ©BTEA

Je plonge et découvre mes premières huîtres perlières

« Golfe persique ? » Ne surtout pas appeler ainsi, devant le capitaine -un Bahreïni d’une trentaine d’année, Hussein, qui semble bon marin-, le golfe qui sépare l’Arabie de l’Iran ! Ici, on dit « golfe arabique ». Et c’est dans le golfe arabique que nous plongeons, en combinaison pour certains car l’eau n’est étrangement pas très chaude, munis d’un masque et tuba, de gants de fibres tressées et d’un filet attaché au poignet. Le peu de profondeur me facilite la tâche. Les huîtres se détachent facilement, le filet grossit lentement, je croise quelques petits poissons et hop, je remonte sur le pont, le cœur un peu battant à l’idée de découvrir une perle, parmi les plus belles du monde dit-on, « Bahreïn se traduit par « Deux mers », m’explique Hussein. De nombreuses sources d’eau-douce jaillissent et se mélangent aux eaux salées. Et c’est cette fusion qui a permis à l’éclat très spécial de nos perles de devenir mythique ».

Huitres ©BTEA

Au Bahreïn, la pêche des perles date de milliers d’années

Un souvenir remonte, une vieille photo en N&B, aperçue le matin même dans un magasin d’artisanat, datant de 1911 : celle de Jacques Cartier, le célèbre joaillier, venu à Bahreïn acheter lui-même les fameuses perles. Mais pour l’instant, place aux surprises. Hussein me montre comment ouvrir les huîtres, toutes plutôt petites. Rien dans la première. Ni la deuxième. Les coquilles sont jetées à la mer et serviront de de calcium aux futurs naissains. Rien dans la troisième. Au total, la cinquantaine d’huîtres laborieusement ouvertes ne contient aucune perle. Ainsi va la vie. N’empêche que la pêche perlière a fait la fortune du royaume, bien avant le pétrole. Depuis des milliers d’années (la perle la plus ancienne a été datée au carbone 14 de 5500 ans avant JC, découverte non loin de là, dans les fouilles d’Oumm Al Qaïwaïn, aux Émirats Arabes Unis), les pêcheurs du golfe (arabique…) ont risqué leur vie, plongeant dans des eaux profondes, une épingle leur bouchant le nez, se blessant aux coraux et rochers, brûlés par les décharges électriques des « dôl », des poissons torpilles plus larges que la main. Et risquant à chaque plongée une décompression. La campagne de pêche durait généralement d’avril à septembre, sous un soleil de plomb. Puis est venu la découverte du pétrole, les premiers puits, les pétrodollars et le déclin de la perle.

Boutre ©BTEA

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

La pêche des huîtres perlières ouverte aux touristes

Une perle qui est pourtant devenue un tout-récent argument du gouvernement pour faire venir les voyageurs à Bahreïn, enchanté que les activités perlières, témoignage d’une activité insulaire ait été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2012. Ainsi, depuis quelques mois, sont organisées des sorties en mer comme celles que j’ai faite, parfois loin au large, comme sur les sites de Buhamma ou de Bulthama. Les départs se font sur réservation, les tickets servent de permis de plongée, le maximum d’huîtres pêchées est fixé à 60 par personne. On ouvre soi-même ses mollusques et l’on garde les perles si l’on en trouve une ! Mais Bahreïn possède un autre passé, celui de ses 4000 ans d’histoire et après avoir accosté au port et remercié le capitaine, je pars à la tombée du jour vers le fort Qal’at Al Bahrain, à environ 5,5 km à l’ouest de Manama, l’actuelle capitale de Bahreïn. Mais de ça, je vous en parle dans un prochain article.

Fort Qal’at Al Bahrain ©BTEA

Informations pratiques

Comment s’y rendre

Avec la compagnie nationale Gulf air, qui propose un vol quotidien direct depuis Paris CDG. L’obtention du visa peut se faire en ligne ou à l’arrivée à l’aéroport (5 BHD (dinar bahreïni) ce qui correspond à 12 € environ)

Où dormir

Lors de notre séjour, nous étions hébergés au Gulf Hotel Bahrain. Grandes chambres, piscine « tropicale », salles de fitness et surtout un choix de 10 restaurants (italien, mexicain, chinois, fusion, thaï, japonais, iranien, etc !)

Où manger

Au Four Seasons Bahrain Bay, la vue est imprenable sur la skyline et le chef Wolfgang Puck fait des prouesses. Découvrez aussi un restaurant étonnant, abrité dans une ancienne maison traditionnelle du 19e siècle : La Fontaine. On y mange très bien, on y trouve un spa et des expositions d’art.

Visiter

L’agence At Bahrain s’occupe de la réservation d’excursions et de visites.

Se renseigner

Office de tourisme de Bahreïn à Paris.

François Rousselle

Pour moi, le voyage, ce fut d'abord les livres. Ceux d'aventure, ceux qui m'emmenaient loin, avec Tintin, Kessel, Saint-Ex... Puis j'ai découvert le monde, doucement et cela m'a plus tout autant. Aujourd'hui, je mélange les deux, je lis en voyageant. Et, devenu journaliste, j'ai le bonheur de raconter.

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