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Du Limousin au Haut-Quercy, sur la voie de Rocamadour

Quelles que soient les motivations, se lancer sur le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle est toujours l’occasion d’introspection. Une expérience personnelle qui pousse à la réflexion, religieuse ou non. Beaucoup moins fréquentée que les chemins partant du Puy en Velay, la voie de Rocamadour a réouvert il y a quelques années seulement, grâce à l’intervention de passionnés d’histoire et de marché à pied.

Créée par les moines de Tulle vers 1112, ce chemin avait pour but d’attirer les pèlerins jusqu’à Rocamadour. Les hôtes (et leur argent) étaient indispensables à la survie des abbayes et monastères de la région. Tombée en désuétude, la voie offre à nouveau ses paysages aussi beaux que variés, sur 320 km balisés. Pour se repérer, le logo inspiré de la sportelle de Rocamadour et de la coquille de Saint Jacques est facilement reconnaissable. Le périple traverse quatre départements (Creuse, Vienne, Corrèze et Lot) en 24 villages-étapes. Petit aperçu.

Voie de Rocamadour
Le chemin entre Bénévent et Rocamadour est une succession de villages tranquilles

Bénévent l’abbaye

C’est de là que tout commence. En plus de son abbatiale, véritable chef-d’œuvre roman, le village possède un atout de poids pour bien commencer les visites : la bénéventine, une liqueur aux herbes au goût très sucré, autrefois distillée par les moines. C’est également ici que subsiste la dernière entreprise européenne artisanale de bardeaux fendus. Cette tuile de châtaignier fendue, non traitée et finie à la main, donne une couleur argentée aux clochers, toits et façades qu’elle recouvre. Au cours de notre périple jusqu’à Rocamadour, on la remarquera à plusieurs reprises dans les villages de la région. Sa renommée dépasse par ailleurs les frontières du Limousin : on la trouve au Mont-Saint-Michel ou sur l’église de Honfleur.

Aubazine
Aubazine a tout du village de carte postale, ainsi que sa légende… du nom de Coco Chanel

Aubazine

Croyant ou non, la visite guidée de l’abbaye cistercienne du village d’Aubazine est incontournable. Sœur Christophora, dernière religieuse à vivre dans le couvent, ne se contente pas de réciter les grandes dates qui ont marqué l’histoire du domaine, dont la première pierre fut posée en 1156. Elle assure un véritable spectacle et distille quelques anecdotes humoristiques tout au long de son récit. Et elle n’hésite pas à lancer quelques petites piques contre la plus célèbre des pensionnaires de l’ancien couvent, Gabrielle Chanel. Les vitraux à grisaille du XIIème siècle, dans la salle d’étude, auraient d’ailleurs inspiré le logo de la marque à la créatrice de mode.

Et si le personnage de Coco Chanel vous passionne, il faut alors s’arrêter déjeuner à l’hôtel-restaurant Saint Etienne et entamer la conversation avec Jean-Louis Sol, le propriétaire des lieux. Non seulement sa cuisine est délicieuse (ne partez pas sans avoir gouté son soufflet glacé au noix) mais c’est surtout une encyclopédie vivante sur la styliste.

Collonges-la-Rouge

En été, c’est carrément la cohue tant les touristes se pressent pour déambuler dans les rues bordées de magasins aux allures de marchands du temple. Il faut passer outre, c’est la rançon de la gloire. Ici, il n’est pas question de politique, le village doit son nom au matériau dont est entièrement bâti le village. Le résultat est époustouflant : des bâtiments (essentiellement de grosses maisons bourgeoises), en grès rouge et coiffés de lauze bleue dont la plupart datent du XVIe siècle. L’église Saint Pierre, incontournable tant ses portail et tympan sont beaux, témoigne par ailleurs de l’influence musulmane dans l’art roman.

Collonges-la-Rouge
A l’abri des vents, Collonges-la-Rouge est au milieu d’une région de vin, noix et champignons

Gluges

A flancs de falaise, le village s’atteint par la route, le long de la Dordogne et des champs de noyers. Pour les marcheurs, c’est une des rares étapes à être atteintes par une route goudronnée. L’église Saint Pierre creusée dans la roche est un lieu de recueillement pour les pèlerins et les amoureux de l’histoire. Les bords de la rivière qui coule à quelques mètres sont un havre de paix, tout autant que les rues désertes de ce village perdu entre l’eau et la pierre.

Martel

La visite au petit matin, quand la cité médiévale aux sept tours s’éveille, est superbe. Arriver sur les Halles, entourées de cafés et restaurants à peine ouverts, nous invite à une boisson chaude matinale revigorante. Il subsiste encore de nombreuses maisons de marchands datant du XIIIème siècle. Les habitants de la ville semblent mettre un point d’honneur à garder leur patrimoine intact et très peu de bâtiments sont à l’abandon. Région du vin et du négoce de sel, elle se distingue également par ses noix. Pour les amateurs, un moulin continue d’ailleurs d’y fabriquer de l’huile artisanale.

Voie de Rocamadour
Le long du canal des Moines, creusé au Moyen-Âge pour permettre la pisciculture

Monvalent

On est ici dans les Causses. Un arrêt dans le village s’impose, ne serait-ce que pour la vue depuis ses hauteurs. En effet, l’activité villageoise s’est développée sur son promontoire, après l’abandon au XVIème siècle du hameau en contrebas. De la fontaine saint Georges, à l’entrée du village, resurgit des entrailles de la terre, une partie de la rivière du gouffre de Padirac… à 11km de là ! Il n’est pas rare d’y croiser des plongeurs en pleine expédition. Petite curiosité, la Halles du village est privée et fut construite en 2007 ! Les matériaux utilisés datent, quant à eux, du XVIème siècle.

Rocamadour

Certainement le clou du pèlerinage! L’arrivée à Rocamadour, en voyant poindre au loin cette immense abbaye surmontée d’un château, accroché à la falaise, donne déjà un aperçu de la splendeur du village. Un kilomètre sépare le château de la cité médiévale, en contrebas. Il est rare de pouvoir visiter Rocamadour dans la quiétude qu’exige le lieu. Près d’un million et demie de touristes foulent les rues du village chaque année.

Construit au XIIIème siècle, puis reconstruit au XIXème, le village, dont le nom est tiré de saint Amadour, est composé d’un château, de son sanctuaire aux sept chapelles et d’une cité médiévale. Les styles architecturaux différents et représentatifs de leur époque (gothique, XVème et XIXème siècle) s’y côtoient aujourd’hui dans une harmonie impressionnante. Les élèves de Violet le Duc, l’architecte responsable de la restauration des nombreuses cathédrales françaises au XIXème siècle, ont d’ailleurs laissé l’emprunte de leur maître dans le palais des Evêques, en modifiant totalement le bâtiment du moyen âge. Pour les plus croyants des visiteurs, la véritable vedette du lieu reste la Vierge Noire, une statue en bois datant du XIème siècle. Elle attire de très nombreux pèlerins et protègeraient les marins. Quant aux amateurs de rugby, ils pourront toujours prier pour leur équipe favorite dans la petite chapelle votive dédiée à l’ovalie.

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

Rocamadour
Rocamadour, véritable défi architectural, accroché à la falaise

Informations pratiques

Quand y aller ?

La route est praticable presque toute l’année. Prévoyez cependant de bonnes chaussures et des vêtements adéquats en hiver. Pensez également à vérifier la disponibilité des logements. Certains hôtels et chambres d’hôtes sont en effet souvent fermés entre Noël et les vacances de février. Attention, il n’y a pas de société de portage de bagages entre les étapes. Quelques hébergeurs proposent toutefois ce service.

Où dormir ?

Les offres de logement sont assez larges, des plus modestes aux plus confortables. Dans les quelques établissements testés, un point commun : l’accueil y est serviable et très chaleureux !

Treignac :

L’hôte du lac : L’hôtel se trouve au bord de la route, à 3km de Treignac. Demandez une chambre avec vue sur le lac. On ne se lasse pas du soleil se levant sur l’eau. Le patron y est vraiment très sympathique, la cuisine de qualité, les prix corrects mais les chambres plutôt modestes. Pour les pèlerins en recherche d’authenticité.

Martel :

Chambres d’hôtes La Devinie : Les chambres sont très spacieuses, les salles de bain, immenses, et la maîtresse de maison concocte un copieux et délicieux petit déjeuner elle-même.

Plus d’informations

Office du tourisme de la Creuse:
http://www.tourisme-creuse.com/

CRT Limousin
http://www.tourismelimousin.com/

Agence de développement et de réservation touristiques de la Corrèze
http://www.tourismecorreze.com/

Lot Tourisme
http://www.tourisme-lot.com/

Office du tourisme Vallée de la Dordogne
http://www.vallee-dordogne.com/

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Ex-banquier reconverti dans le journalisme, citadin, je ne me lasse jamais de découvrir les moindres recoins d’une ville

1 commentaire au sujet de « Du Limousin au Haut-Quercy, sur la voie de Rocamadour »

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