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Banc d’Arguin et oasis de l’Adrar

 

Terre d’échange entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, la Mauritanie est en très grande partie un territoire de désert. L’Adrar concentre l’essentiel des voyageurs sahariens depuis la création des charters entre Paris et Atar en 1997.

Ce climat désertique est tempéré par l’Atlantique qui apporte des pluies, modestes certes, mais suffisantes pour favoriser l’apparition de guelta, sources, pâturages pour les animaux (dromadaires, chèvres et moutons) ou la création de puits et de palmeraies.

C’est sur cette côte Atlantique que j’ai souhaité me rendre en Mauritanie, et en particulier dans le parc national du Banc d’Arguin, écosystème côtier exceptionnel, sanctuaire des oiseaux, terre des pêcheurs Imraguens et lieu de rencontre entre la mer et le désert.

Parce que la Mauritanie n’est rien sans son désert, petite boucle en fin de voyage par l’Amatlich et l’Adrar.

Parc national du banc d’Arguin

Classé patrimoine mondiale par l’UNESCO depuis 1989, le Parc National du Banc d’Arguin (PNBA) est situé de part et d’autre du 20e parallèle. Il longe le littoral mauritanien sur plus de 180 km et couvre une superficie de 12 000 km2 composée à parts presque égales de zones maritimes et terrestres.

Il appartient au Sahara océanique, combinaison de désert de sable, à dunes vives et de regs pierreux. Cet écosystème côtier exceptionnel est baigné par des remontées d’eaux profondes, froides et riches en éléments nutritifs (upwelling), ce qui explique la forte concentration de populations denses d’oiseaux d’eau, de poissons, d’invertébrés et de mammifères marins.

Histoire

L’homme s’installe sur l’île d’Arguin dès la fin de la préhistoire, où l’on trouve des traces néolithiques. Les portugais y créent un établissement au XVe siècle. S’ensuit une succession de guerre entre Portugais, Hollandais et Français.
Le commerce de la gomme ayant acquis une grande importance pour l’industrie Européenne, la France va s’installer de vive force à Arguin, après les campagnes de 1721, 1723, 1724. Mais en 1728, ce sera l’abandon définitif. Entretenir une garnison à Arguin coûte trop cher, et le commerce de la gomme se déplace plus au sud.

Le banc d’Arguin fait parler de lui par les naufrages qu’il peut provoquer : le 2 juillet 1816, la frégate la Méduse, qui utilisait des cartes de 1753, dont les erreurs pouvaient atteindre une centaine de kilomètres, vint s’échouer dans quatre à cinq mètres d’eau, à 50 km de la côte et, pour comble de malchance à marée haute. 146 hommes (et une femme) se réfugient sur un affreux radeau flottant entre deux eaux, et à bord duquel il n’y avait ni vivres ni eau douce. Géricault immortalisa ce fait divers célèbre dans son illustration dramatique du radeau de la Méduse.

Flore

Malgré l’aridité du climat, 200 espèces de plantes ont été recensées jusqu’à présent dans le parc. On peut trouver les plantes typiques des milieux désertiques : arbustes ou arbres comme l’acacia faux gommier, le pommier de Sodome, le figuier d’enfer, graminées comme Stipagrostis pungens, Panicum turgidum.

Plus près de la côte, on trouve des plantes capables de supporter des niveaux de salure des sols importants pour arriver en bordure d’estran à des plantes halophiles vraies.

Enfin, les vasières soumises à la marée sont couverte par des plantes marines, régals des limicoles.

Faune

Bécasseaux variables
Limicoles
Pélican

Vitrine du Parc National du Banc d’Arguin, les oiseaux sont 2,3 millions à s’arrêter chaque année entre octobre et mars. Ces énormes concentrations d’oiseaux offrent un spectacle saisissant rare à apprécier avec humilité. Tout au long de l’année, le Parc abrite également de nombreux oiseaux d’eau qui s’y reproduisent, notamment sur les îlots de la partie sud. Cormorans, sternes, dont la grande sterne caspienne, et goélands côtoient des échassiers comme les hérons gris, les aigrettes, les flamants roses et les spatules. On estime que 30 à 40 000 couples y nichent chaque année.

Flamants roses
Héron

La faune terrestre, bien que moins représentée en raison de la sécheresse et de la chasse, n’est pas en reste. Si les oryx et les autruches ont totalement disparu, il subsiste encore quelques populations de gazelles dorcas. Les prédateurs comme les chacals et les hyènes rayées et, à un moindre degré, les renards et les fennecs, ont mieux résisté.

Chacal
Crabe violonniste

Sur la plage, les crabes envahissent l’estran par millions. A la moindre approche, ils détalent dans leur terrier creusé dans le sable.

Dans l’eau, mammifères marins (phoques moines, dauphins souffleurs, dauphin à bosse de l’Atlantique, Orque, tortues marines…) et poissons (mulets jaunes, courbines, raies, requins…) s’ébattent sans que le voyageurs le sachent à quelques exceptions près. En effet, il n’est pas rare que les dauphins se fassent le partenaire de la pêche des Imraguens.

Dauphin souffleur

Imraguens, peuple du banc d’Arguin

Les Imraguens, gardien de la pêche traditionnelle

Les Imraguens (« ceux qui récoltent » en berbère) occupent huit villages répartis le long de la côte, pour un total d’environ 1 500 personnes. Ils sont les seuls autorisés à pratiquer une exploitation contrôlée des stocks halieutiques dans l’enceinte du Parc où l’utilisation de bateaux à moteur est strictement interdite.

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

Qui sont-ils ? Difficile à dire avec précision mais on retrouve des maures noirs – Harratines- et plusieurs familles et tribus maures. Les premiers étaient les esclaves des seconds. Il est problable que des sénégalais voire des guinéens est aujourd’hui rejoint les Imraguens.

Futur pêcheur
Lanche
Lanche

Même si le téléphone portable et la route goudronnée entre Nouakchott et Nouadhibou a quelque peu changé la vie des Imraguens, la mer leur fournit toujours l’essentiel de leurs substances. Les Imraguens pratiquent une pêche traditionnelle, soit à pied, à l’aide de filets, principalement pour la capture du mulet jaune, soit avec des filets maillants de plus grande taille, à partir de lanches à voile latine, embarcations introduites au début du XXe siècle par des pêcheurs canariens pour la capture des sélaciens. Ils vendent leurs poissons séchés pour acheter sucre, thé et sel.

Pour la chasse au mulet, les Imraguens comptent sur leurs associés : les dauphins. Le commandant Cousteau et Ph.Diolé, auteur d’un livre sur les dauphins (Les dauphins de la liberté aux éditions Flammarion, 1975) explique cette coopération : « Lorsqu’un banc de mulets est signalé, un guetteur frappe l’eau de son bâton, signal convenu pour appeler les dauphins. Aussitôt, la mer se soulève et bouillonne. Voilà les dauphins poussant les mulets devant eux. Les dauphins les encerclent, les rassemblent, les font jaillir en gerbes comme si la mer explosait de poissons. Les dauphins aussi paraissent pris de frénésie. Les Imraguen courent dans l’eau et, nageant vigoureusement, ils déploient le filet, puis, par un large mouvement tournant, ils rabattent les poissons vers la plage. La pêche est réglée par des coutumes très strictes. Les pêcheurs par équipe de deux, n’entrent pas tous ensemble dans la mer. (Les anciens ont fixé l’ordre de départ.) Avec un filet qui ne mesure pas plus de 20 à 30 m de long, chaque équipe emprisonne 120 à 150 kg de poisson. Les femmes se précipitent, empilent les poissons dans d’autres filets et les chargent sur la tête. Avec la pêche, il faut préparer et sécher le poisson : lui couper la tête, l’ouvrir en deux, enlever la tête et les entrailles, prélever les œufs, puis le laver dans la mer. […] Il est peu probable que les dauphins cherchent à collaborer avec l’homme. S’ils poussent les mulets vers la côte, c’est qu’ils peuvent ainsi plus aisément les capturer. Cependant, il serait bien difficile de convaincre les Imraguen que les dauphins, animaux sacrés, ne leur marque pas une bienveillance particulière. »

Dauphin en vue

Au jour le jour avec les pêcheurs Imraguens

17 décembre. Arkeiss, petit village Imraguen de six familles au bout du cap Tafarit est composé d’habitations colorées construites à base de planches et de tôles rafistolées. Aicha, jeune femme épanouie, nous invite chez elle. D‘autres villageois ne tardent pas a nous rejoindre. Les femmes fument, dansent et rient tout en nous offrant le thé. Une belle preuve d’émancipation !

18 décembre. Iwik. Deux Imraguens et un garde du parc national nous emmènent en lanche aux abords de l’ile de Niroumi pour observer les oiseaux. Nous l’atteignons avec difficulté, faute de vent. Sur le chemin quelques dauphins souffleurs naviguent près du voilier. Court instant de bonheur.
Tessot. Au crépuscule, les villageois rentrent de la pêche, les paniers remplis de poissons de toutes espèces. Nuit sur le bord de la plage bercée par les cris des oiseaux et les hurlements des chacals. Ambiance banc d‘Arguin !

Retour de pêche

19 décembre. R’gueiba. Situé sur la presqu’île de Thila, séparé de Mamghar et d’Awguej par la baie Saint Jean, c’est ici qu’est implanté le chantier naval pour les lanches. Visite du village et des ateliers de fabrication. Auparavant, ces bateaux d’origine canarienne étaient réparés par quelques maîtres artisans dispersés dans les villages. Depuis quelques années, le chantier, financé par la FIBA, la Fédération Internationale du Banc d’Arguin, et monté sous la houlette d’un artisan de Douarnenez, reconstruit les lanches, et sert de coopérative d’achat pour les patrons pêcheurs.
Les armateurs doivent débourser près de trois millions d’ouguya et attendre quatre à six mois pour se faire livrer l’embarcation. Sept ans plus tard en moyenne, il doit faire construire un nouveau bateau ou engager des rénovations.
Nous sortons du parc national par le sud. Les gardiens du poste de contrôle du parc de Mamghar ont déserté leur bureau pour l’Aïd el Kebir.

Route pour Nouakchott

19 et 20 décembre. Nous poursuivons notre route vers le sud de la Mauritanie en longeant la plage. Nous croisons quelques villages de pêcheurs et croisons de nombreux bancs d’oiseaux, goélands, pélicans et sternes, que nous faisons fuir en nous approchant.

La marée monte vite. Nous devons monter le campement entre l’océan atlantique et les dunes de l’Akchar pour ne pas être bloqué par la marrée. Les dunes se jetant dans l’océan constituent un paysage extraordinaire et totalement inhabituel au Sahara. Seule la côte mauritanienne offre ce type de panorama minéral et océanique.

Le lendemain, journée consacrée à longer l’océan pour rejoindre Nouakchott. Aujourd’hui, les musulmans fêtent l’Aïd el Kebir, la fête la plus importante de l’Islam qui marque chaque année la fin du hajj, le pèlerinage aux lieux saints de la ville de La Mecque en Arabie saoudite (un des cinq piliers de l’Islam). Les villages sont vides, les pêcheurs ont rejoint la capitale pour festoyer en famille.
Journée tranquille, sauf imprévu… Et il arrive !

Le premier contretemps : la panne d’essence. Ce n’est pas un réel souci car un jerrican plein est a l’arrière du 4×4 ; sauf imprévu… Le plein est fait mais l’amorce pour redémarrer le véhicule après une panne sèche ne fonctionne pas. Plusieurs tentatives seront faites en poussant le véhicule mais en vain : trop lourd, pas assez de bras et le sable est trop mou…
Le découragement se lie sur les visages de Mohamed et Salek. Momo part chercher de l’aide au dernier village traversé pendant que Salek prépare le repas. On réfléchit toujours mieux l’estomac plein comme aime dire les français. Deux heures plus tard, un 4×4 finit par passer et nous tracte ; le moteur redémarre. Nous sommes sortis d’affaire.

A Nouakchott, passage par le port de pêche. Anormalement calme, celui ci n’est pas en activité en raison de l’Aïd el Kebir. Les milliers de pirogues sont garées sur la plage et attendent la fin de la fête.

Décidément, Mohamed a la tête ailleurs aujourd’hui. Après la panne d’essence, il oublie les clefs du véhicule dans le 4×4 qu’il vient de fermer à clef. Salek nous fait conduire en centre-ville à l’hôtel Amane. Les sacs suivront moins d’une heure plus tard. Sacré Mohamed !
En cette journée de fête, le marché Capitale, plus grand marché de Nouakchott, est en pleine effervescence. Il est de tradition de s’habiller avec des vêtements neufs pour fêter l’Aïd. Les marchands de boubou et autres habits ont investi les rues et font preuves d’habileté pour amadouer le client.

Le soir, repas dans un snack-restaurant fréquenté par la jeunesse de Nouakchott. Fête oblige, les jeunes ont exceptionnellement l’autorisation de minuit.

Adrar mauritanien

Village de l'Amatlich

Amatlich

Longue route pour rejoindre la dune d’Azoueiga, plus haute dune du cordon de l’Amatlich. D’abord sur une route goudronnée, le 4×4 file ensuite à travers les pistes tantôt sablonneuses, tantôt caillouteuses du désert.

En chemin, nous traversons de nombreux villages dont les habitations en forme de case bordent les dunes. Quasiment vide à cette saison, ils se remplissent l’été à la saison de la guetna (la fête des dattes). Nombreux sont effet les citadins qui se rendent à cette époque dans les oasis pour y célébrer le fruit providence. Salek achète une chèvre à un villageois, sans doute pas pour la décoration du 4×4.

dune d’Azoueiga
Guelta

Les dunes d’Amatlich, bande de sable clair de 10 km de large environ sur 400 km de long, s’étendent jusqu’à l’océan Atlantique. Tel le caméléon, au coucher de soleil, les dunes prennent une couleur orangée pour s’harmoniser avec la nature. Et nous sommes là haut, sur la dune d’Azoueiga pour contempler ce spectacle. Les premières étoiles illuminent le ciel, l’obscurité descend. Il est temps de rejoindre le camp et de faire honneur à la chèvre que Mohamed a discrètement dépecé à notre arrivée au bivouac.

dune d’Azoueiga
Dégustation du zrig

Passe de Tifoujar

Dernier jour de voyage. Nous traversons plusieurs villages d’anciens nomades sédentarisés depuis les sécheresses des 70 et 80. Une famille nous invite à boire le zrig, le lait de chamelle. Il nous est servit additionné d’eau et de sucre pour enlever son aigreur. Dégustation.
Nous reprenons la route et arrivons à la passe de Tifoujar, point de passage obligé entre Legleib Lekhdar et la vallée blanche. Depuis deux, date de mon dernier passage, la passe s’est rétrécit. Sous l’effet du vent, la dune s’est étendue. Ceux sont les pluies d’été qui permettront à la passe de s’élargir à nouveau.

Passe de Tifoujar
Terjit

Oasis de Terjit

En début d’après-midi, arrivée à l’oasis de Terjit. C’est la seule de Mauritanie à ne pas être privée. Si entre novembre et mars, elle est fréquentée par les touristes, l’été, à la période de la Guetna (fête des dattes), les natifs de Terjit et de sa région viennent se réfugier de la chaleur et y faire la fête. C’est à cette période, un havre de fraîcheur dans un environnement minérale chauffé à blanc.

Grégory ROHART

Fondateur des blogs www.i-trekkings.net et www.i-voyages.net et www.my-wildlife.com, je blogue Voyage, Roadtrip, Outdoor et Safari. J'encadre aussi des voyages photo sur les thématiques qui me passionnent : voyage, safari et trek.

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