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A cheval avec les Charros du Mexique

Samedi 21

7h45 CDG. Je ne serai jamais arrivée aussi vite à Roissy. 1 heure porte à porte, dont 10 minutes d’attente du 66. On a rendez-vous à 8h30 avec les autres mais ça me donne le temps de me poser.
Je retrouve l’équipée sauvage : Patrick et Anita, Claire et Juliette. Les trois premiers se connaissent déjà d’un précédent circuit ensemble. Juliette rentrera dans le groupe en deux minutes, et avant même l’embarquement les blagues fusaient déjà. Vive les vacances et la tequila !!

19h00, encore 4 heures, c’est long. Service impeccable à bord, avec apéritif, digestif, alcool à volonté. Bon, je bois pas (on ne se moque pas), mais c’est bien. Poulet, pâtes au menu (faudrait quand même pas tout changer). Côté films Hancock et Mamma Mia. J’ai essayé de dormir sans grand succès, les sièges penchant très peu. Fin d’un Friends quand j’ai jeté l’éponge côté dodo.
18h47 heure locale. Nous sommes dans un minuscule coucou en direction de Leon. Configuration : 1 siège – 2 sièges et grands s’abstenir !

Snack pas trop mauvais. 2 heures avant l’arrivée à Mexico, la fin se faisait longue. Passage à la douane sans trop d’histoire mais on a quand même fini par doubler la file car l’heure tournait et je ne savais pas de quel terminal partait notre vol. Résultat on a eu largement le temps car on avait juste un escalier à monter. Du coup on a eu le temps de faire du change. Finalement, je n’ai changé que 50 €uros, je ne pense pas qu’on ait beaucoup d’occasions de dépenser. Et pour le shopping il y aura la carte bleue. Snack cacahouètes et boissons, et à peine le temps d’écrire… M’enfin ! On arrive. Coucher de soleil flamboyant et arrivée à 19h00 de nuit.

Une heure de route nous mène à l’hacienda. Dans la cour des bougies innombrables tremblent dans l’air encore chaud conférant à la cour une ambiance presque mystique. J’apprendrai par la suite que l’électricité n’est arrivée que récemment, les bougies sont encore présentes dans toutes les pièces, par habitude et pour les cas, nombreux, où l’électricité est coupée.
Nous visitons les lieux. D’immenses chambres donnent toutes sur une cour centrale arborée. Des portes communicantes permettent de passer de pièce en pièce sans devoir sortir en cas de pluie, ouvertes sur cette cour intérieure elles préservent la fraîcheur indispensable en été. Je logerai dans la grande pièce aux crucifix…

Dimanche 22

Ressources pour voyager

Voici quelques ressources pour organiser votre voyage :

Nous attaquons la journée par un petit déjeuner à 9h00 composé d’œufs et frijoles, ceux-ci sont incontournables dans la cuisine mexicaine. Au programme de la matinée : marquage ! Nous entrons direct dans le travail quotidien de l’hacienda.
L’année dernière était la lettre du T dont on marque les vaches, étiquettes à l’oreille gauche, numéro d’ordre + lettre, et tatouage à l’encre à l’oreille droite avec la même combinaison, plus une marque coupe en U à l’oreille gauche. La machine à tatouer est une pince dans laquelle on glisse des cubes portant des aiguilles formant la lettre ou chiffre nécessaire. On presse puis on barbouille d’encre noire. Les doigts sont ensuite essuyés autour de l’œil de la vache : le noir les protège de la réverbération, et elles sont nombreuses à avoir des problèmes d’yeux à cause de la luminosité. Le souci est que le patron, Don Ernesto, s’est planté de lettre et c’est Pablin, un vieil employé, qui a fait remarquer qu’il n’était pas beaucoup allé à l’école mais on lui avait quand même appris qu’après le T venait le U. Or tout un premier groupe de vaches a été tatoué W ! Il a donc fallu ramener tout ce groupe pour le re-marquer. Pancho a réparti les tâches. Claire est juriste, elle prendra en charge le registre à corriger ; Juliette, employée à France Espace, sera en charge de la transformation des W en U. Anita gère les entrées dans le couloir et Patrick s’occupe de la presse. Il y met un tel bon cœur qu’on lui propose de rester au Mexique. Anita pourra se vanter de s’être mariée et d’avoir divorcé lors de deux séjours AVC.

Les vaches sont des charolais et des semental. Mais rien à voir avec nos immenses charolaises. Elles sont nettement plus petites mais forcément. Ici les grandes prairies vertes ça s’appelle des golfs !
Avant le marquage Pancho nous a fait visiter le bureau de Don Ernesto, le propriétaire des terres. La maman de Pancho possède la maison (et lui a vendu les terres). Don Ernesto est un charro accompli à l’allure du vrai hacendado, apparemment pas toujours commode. C’est l’oncle de Pancho. Ici il faut suivre pour ne pas se perdre dans les ramifications familiales !
En 1975 il a fait partie de la délégation envoyée par la fédération de charreria pour une tournée en Europe. Jeune homme, beau garçon, habillé de pied en cap dans la superbe tenue de cérémonie charro, montant un cheval devenu légendaire, sa maman lui glissait toujours plusieurs nœuds (cravate) dans la poche pour pouvoir les distribuer aux admiratrices.

A Paris Don Ernesto a donc descendu les Champs Elysées en parade. Le soir voulant visiter le Lido avec ses compagnons, et toujours en tenue charro, ils seront invités à une table et feront l’attraction de la soirée. Anecdote : dans les spectateurs se trouvait la doublure d’Alain Delon qui paya 3000 $ à Don Ernesto pour lui acheter sa tenue. Argent qui lui permit de poursuivre sa visite de l’Europe alors qu’il devait normalement rentrer faute de sous. Un peu plus tôt on lui avait proposé d’acheter son cheval, mais il avait refusé. Il a vu là un signe du ciel, le félicitant d’avoir conservé son destrier, l’élément le plus important du charro. Don Ernesto a raflé des centaines de prix dont de nombreux sont dans cette grande pièce où s’amoncellent quantité de selles, toutes gagnées. Et seulement une partie est là, beaucoup ont été vendues.
La sellerie est tout aussi étonnante avec un bar bien chargé et de nombreux trophées aux murs, dont les sabots et crânes des grands chevaux emblématiques de l’hacienda. Aujourd’hui Pancho élève des apaloosas et quarter horses. Ils sont dressés en Doma Natural par Eugenio. Ce sont des chevaux bien dans leur tête, et parfaits pour l’équitation de travail.
Nous préparons nos chevaux, assistés par Lena (compagne de Pancho, suisse connue au Wyoming quand il y bossait) pour nous familiariser au matériel. Pancho me donne l’une des selles qu’il a faites avec un superbe travail de cuir repoussé au motif floral. « Je ne referai plus celui-là, trop dur », me confie-t-il. Je monterai Catalina, une jument alezane à l’arrière-main indéniablement quarter… et aux accélérations au galop tout aussi quarter ! Je ne suis pas montée depuis 6 mois, je ne serai pas très fière au premier démarrage.

Une première balade dans les environs nous permet de chercher notre assise et nous faire à ces selles terriblement larges (et lourdes !). Claire optera finalement pour une selle australienne, qu’elle regrettera quelque peu en montagne car les taquets s’y prêtent finalement peu (j’en déduis que les propriétés doivent être plates en Australie…).. Retour pour un déjeuner tardif mais succulent. Le service est rapide et Charo et Claudia, nos cuisinières, nous laissent à peine respirer avant de nous proposer de nous resservir.
L’après-midi nous partons chez Jorge de Alba, un autre vrai charro. Il est d’ailleurs président d’une association et porte avec fierté le costume charro, colt à la ceinture compris. C’est un collectionneur de matériel équestre historique. Sa maison est un véritable musée dont de nombreuses pièces très rares trouveraient leur place sans démériter dans le musée charro du pays. D’ailleurs Pancho m’emmènera voir la suite de la collection, plus confidentielle dont on parle moins pour éviter les risques de vol. Ce sont des murs entiers recouverts de mors, filets, éperons, étriers, de sabres, d’armes… Il y a des pièces remontant aux Conquistadores et même des pierres datant d’avant la conquête : des pierres à moudre et des têtes de haches en pierre. On pourrait rester des heures à faire l’inventaire.

La tequila est bien sûr sortie. Seule ou en mélange, c’est LA boisson incontournable. Nous sommes d’ailleurs dans le Jalisco, l’état « terroir » de la tequila. Même si on en produit dans tout le Mexique, c’est ici qu’on trouve la meilleure, la plus pure, celle préparée avec le plus de soin. L’agave, le cactus dont est elle tirée par fermentation et distillation, pousse naturellement dans la région donnant la meilleure qualité de matière première. Nous rentrerons tard, avec le coucher du soleil. Il fera nuit à notre arrivée à l’hacienda.
Eugenio et Pepe, qui doivent nous accompagner pour la randonnée, font leur apparition alors que nous finissons de dîner. Pancho nous redemande si nous voulons décaler le départ en rando au sur-lendemain et quand nous acceptons il semble finalement ennuyé. Il faut dire qu’il nous a inquiété, annonçant une journée 10 heures, dont 8 à cheval. Mais finalement, ça sera mieux ainsi, ça nous donnera un jour de plus pour nous habituer aux selles, aux chevaux et encaisser un peu mieux les 7 heures de décalage horaire. D’ailleurs malgré la joyeuse humeur des mexicains et l’intérêt de leurs discussions, nous partons assez vite nous coucher.

L’hacienda, à 2000 mètres d’altitude (on oublie vite qu’on est si haut…), est une vieille maison en pierre à 5 km de la route, elle remonte au 16ème siècle. Une première grande cour entoure de nombreux bâtiments: boxes, sellerie, église… Puis une deuxième cours très ombragée sur laquelle donnent toutes les pièces de l’habitation, pièces qui communiquent entre elles. Deux chambres sont de vrais autels religieux. Dans la "petite", une immense vierge a probablement été déplacée de la chapelle qui se trouve à l’entrée. La mienne a un mur recouvert de croix, un autre de tableaux de Jésus. J’avais oublié à quel point la religion est importante ici.
L’électricité est arrivée il y a deux ans. Il reste encore des bougies partout et le soir de notre arrivée elles étaient toutes allumées. Ca faisait un peu bizarre. Dans l’église sont encore enterrés les ancêtres.
Pancho vit dans la maison qui appartient à sa maman et travaille pour Don Ernesto (son oncle) en échange de l’utilisation des pâtures pour son élevage de chevaux. Lena a parfois du mal, ne se sent pas chez elle dans un endroit où la famille débarque à tout bout de champ. Il faut dire que passer de la Suisse au Mexique en terme de grand écart culturel on doit pouvoir difficilement faire plus grand.

1 commentaire au sujet de “A cheval avec les Charros du Mexique”

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