Chez Tsermaa
Devant la yourte, quelques jerricanes, une moto, et le chien de garde prêt à défendre le territoire. Il se met à aboyer de plus en plus fort à l’approche de notre voiture. Le chauffeur descend le premier et va prévenir la famille de notre arrivée. Quelqu’un vient tenir le chien. Rassurées, on fait un pas, puis deux puis trois, on baisse nos têtes pour franchir la porte de la yourte. On nous invite à nous asseoir, nous sert une tasse de tsao ( le thé au lait traditionnel) et des boorstocks (biscuits maison). C’est calme. Tsermaa, notre hôtesse, vêtue d’une tunique violette avec turban jaune qui lui entoure la taille, nous sourit. Un vrai sourire qui fait chaud au cœur. On est bien ici dans cet espace circulaire tout douillé ! Chaque personne a sa place sous la yourte, et chaque objet remplit une fonction bien particulière. Loin de s’encombrer avec des choses inutiles, les familles mongoles possèdent juste le nécessaire à la vie de tous les jours. Au cœur de la yourte est planté le tuyau de cheminée et le poêle qui permet de cuisiner et chauffer la yourte. Un « lavabo », un jerricane avec la réserve d’eau, quelques photos de famille entourées de statues de bouddha et de bougies, et des flacons de tabac, parfois un miroir, souvent une télé, deux lits voir trois, la grande théière.


Un vieil homme vient de rentrer dans la yourte, son chapeau sur la tête et ses bottes de berger aux pieds, un vrai de vrai ! Il s’installe, sourit, boit le thé qui lui ai offert, allume une cigarette et reste silencieux. C’est bien ce calme qui est agréable chez les mongols, cette quiétude, cette paix intérieure qu’ils dégagent. Pas une parole, pas une question, leur seule présence nourries de patience et de bonté suffit à nous apaiser. On se laisse bercer par le chant des jeunes kazakhs en train de terminer la construction d’un enclos au dehors. Ils sont en train de mettre de la bouse de vache sur le mur pour cimenter les rondins de bois entre eux. Un autre répare sa moto.
Alaguaa, le gendre de Tsermaa, nous tend des gants. C’est parti pour mettre la main à la pâte. On va l’aider à construire un nouvel enclos pour les animaux. L’après-midi passe vite. On a bien travaillé ! On file en voiture chercher de l’eau au puits, on remplit cinq jerricanes. Le vent souffle fort ce soir, la girouette tourne vite, c’est la tempête de sable ! Le soir arrive, le soleil décline doucement, il est temps de ramener les bêtes à la maison. Un véritable jeu. On s’amuse à courir après les brebis, on essaie de les attraper. Pas facile ! On donne le biberon aux petites chèvres. Une fois tous les animaux bien rentrés, on peut se poser sous la yourte.

La famille est intriguée par nos carnets de voyage. On leur montre alors nos dessins, et croquis. On rigole. Une petite partie d’osselets avant de se coucher. Le petit fils assis sur le tabouret autour de la table révise encore sa leçon à la bougie. Ca demande de la concentration ce jeu ! Ca me démange dans les cheveux, je passe ma main sur la tête. Bah deux tics bien ancrés ! Je m’effraie. La mama mongole me l’arrache d’un coup sec, et les brûle .Il fait bien frais sous le sac de couchage et le poêle est éteint. Une bonne couverture en peau de mouton nous réchauffe. Au petit matin, les paupières encore closes, on entend au loin les moutons qui bêlent, le jeune cavalier kazakh « Tshu Tshu » qui part à cheval avec son bâton et ses jumelles certainement, le bruit du marteau , quelqu’un plante des clous, les infos mongoles à la radio, la petite fille qui pleure…toute une vie qui peu à peu nous éloigne de notre rêve, nous rapproche de la réalité. J’ouvre les yeux, des couleurs variées et des motifs tout autour de moi. Il fait chaud. Le soleil tape fort ce matin. Un mois de mai en Mongolie, rien de mieux pour éprouver les variations radicales de températures. Un jour il fait froid, un jour il fait chaud. Le vent des steppes, il souffle fort, on se croirait au bord de la mer…Je repense à notre mission « humanitaire » effectuée il y a quelques jours dans la Vallée de Shuranga…