
Parce que nous considérons que la rencontre d'un peuple indigène n'est pas un souvenir exotique de vacances, et que leur existence a un vrai sens pour notre famille et l'humanité, nous sommes allés dans la forêt de Dodaga aux Moluques, au confins de l'Indonésie, vivre une amitié avec le peuple Ohonganamanyawa.
Partir loin, c’est surtout aller au-delà de soi- même…
Ohonganamanyawa, le peuple Togutil a reçu le dixième prix du Concours de Carnets de Voyage 2008 organisé par I-Voyages...
Moluques nord. Halmahera. Baie de Daru
Ivresse. Je ferme régulièrement les yeux depuis déjà quelques heures pour demeurer au plus près de ces images aphrodisiaques; instants faisant naître en moi un Eden.
Doux, tiède et poisseux est le vent ce matin. Chaud, il colle à la peau et apporte de la jungle le silence qui précède l'orage.
Des volcans. Partout. Posés sur l'eau comme des corbeilles à l'envers sur une table.
Roulant sur le fil de nos prochaines rencontres, notre pirogue à balanciers évolue sur le gris bleu avec la même élégance qu’un gerris sur un lac.
La mer devient blanche. Il pleut. Le rideau de pluie qui nous entoure nous ménage une intimité sans pareille.
De Daru, nous mettons près de deux heures trente à rejoindre le littoral volcanique de Subaem, modeste bourgade située sur le flan central ouest de la partie Est d'Halmahera.
Sans étonnement nous découvrons en Subaem, un jeune coin complètement paumé. C'est pourtant un des seuls endroits mentionnés sur notre carte.
Nous rejoignons le seul losmen de Subaem, le Barokah, en milieu d’après midi. Un Rumah makan (restaurant familial) attenant, le homestay dispose de six petites chambres où le confort est à la hauteur du prix. Dérisoire. Notre arrivée fait sensation ; les gens sont éberlués, fascinés et immobiles.

Après le traditionnel « Dari mana » (D’où venez-vous ?), ils enchaînent rapidement sur la raison de notre venue. Nous prenons place, à leurs côtés, sous la terrasse du losmen.
- Saya bukan scientifik. Saya mau bertemu orang Togutil. Non, non je ne suis pas scientifique. Je viens ici en famille et en vacances pour rencontrer le peuple Togutil.
- Orang Outans ? Les hommes de la forêt ?
- Ya. Oui.
Udhien, notre ami Indonésien, qui s’est absenté un court instant, reprend le fil de la discussion afin d'éclaircir nos motivations aux fonctionnaires gouvernementaux. Il leur explique qu’il est guide professionnel ; mais avant tout un passionné des peuples tribaux. Que pour nous mener sur Halmahera, il a écourté un de ses tours avec un groupe d'Allemands.
Il souhaite à travers ses dix jours de vacances, décrit il, nous faire enregistrer l’importance de protéger le mode de vie des Togutils. En nous faisant rencontrer dans un premier temps des Togutils sédentarisés; dans un second découvrir un complexe construit par le gouvernement. Et dans un troisième et dernier temps rencontrer les Ohonganamanyawas ; le peuple de la forêt.

La chronologie des rencontres n'est pas anodine, il souhaite que nous cheminions intellectuellement pas à pas. Que nous percevions crescendo la fragilité existentielle de l’ethnie. Non pas seulement pour nous construire un simple et beau souvenir d’été; dit il; mais plutôt pour faire passer un message à travers mes carnets. Il est persuadé qu’ainsi je participe concrètement à la mémoire de ce peuple en sursis.
- Il faudra écrire Yann. Pour se souvenir d'eux; mais surtout pour me permettre à travers toi, de témoigner et crier leur existence...
La rencontre de demain sera à coup sûr inoubliable. Pour Isabelle et moi. Surtout pour nos gamins. Nous gagnons rapidement nos piaules vers 21 heures, car la journée de demain s'annonce longue, fatigante mais inéluctablement exceptionnelle.