Samedi 28 mai. Lost in transition.
Tijuana. Arrière-cour industrielle des Etats-Unis, point de rencontre entre un Nord à la recherche d'économies et un Sud en quête de survie. Plus d'un million de Mexicains, et surtout de Mexicaines, se pressent dans les Maquiladoras du Nord du pays, ces ateliers d'assemblage où les entreprises américaines sous-traitent le vil travail manuel.
Je traverse ici la frontière dans la plus grande confusion. Je suis déjà au Mexique lorsque je réalise que je n'ai pas remis ma carte de sortie aux douaniers US. « Ce n'est pas mon problème », me répond le chauffeur de bus qui ne s'est pas arrêté au poste frontière américain. C'en est un pour moi, et d'importance, puisque à défaut de remplir cette formalité, je peux me voir refuser, ultérieurement, l'accès au territoire américain. Je dois laisser partir le bus, revenir sur mes pas, dénicher un douanier californien pour lui remettre mon coupon. Une heure plus tard, je suis de retour au Mexique, mais réalise cette fois que je n'ai pas rencontré de douaniers mexicains. Je dois retrouver le poste-frontière et faire tamponner mon passeport. Mais après une nouvelle demi-heure d'errance, je ne sais plus exactement dans quel pays je suis, ni dans quelle direction me tourner. Je finis par dégoter une cabane d'aluminium où deux moustachus adipeux et désinvoltes me font payer vingt dollars un coup de tampon fatigué. Je peux m'en retourner au Mexique. Légalement.

Je ne fais qu’arpenter les premières rues de la ville avant de monter dans un bus pour quinze heures de route jusqu'à Guyamas, bourgade coincée entre le Pacifique et le désert mexicain. Je m'accorde quelques jours avant de rejoindre Mexico, où Boris, que j'ai quitté il y a quelques mois au Cambodge, se trouve depuis plus de deux semaines. Après un mois au Japon, il s'est envolé mi-mai pour Los Angeles et a descendu en trois jours le désert mexicain jusqu'à la capitale.