Pendant l’année scolaire 2005-2006, nous accueillîmes une étudiante salvadorienne, en échange sa famille souhaita nous recevoir afin de visiter le pays. Nous nous sommes décidés à casser la tirelire et franchir le pas pour ce voyage hors du commun. Enfin, pour nous qui avions jamais dépassé les limites de l’Europe.
Vu de France, El Salvador souffre d’une réputation peu flatteuse ou est méconnu. D'ailleurs, la première agence de voyage contactée avait confondu la destination avec Salvador de Bahia ... Les proches, amis et collègues nous regardaient, yeux écarquillés, lorsque nous leurs annoncions la destination de nos prochaines vacances. Les informations glanées ici et là, notamment sur le site « Conseil aux voyageur » du ministère des affaires étrangères, étaient peu enclins à nous conforter dans notre projet. Mais la décision était prise de visiter ce pays avec nos deux filles de 17 et 13 ans
Le voyage commence par une étape au Guatemala, où la famille de notre étudiante nous attend. Initialement, une visite au site maya de Tikal était prévue. L’insécurité des routes, de Guatemala City à Tikal, rendait cette excursion périlleuse pour une voiture particulière chargée de touristes et fut donc annulée. La visite d’Antigua - l’ancienne capitale du Guatemala - et la ballade sur les rives du lac Atitlán déclenchent des émerveillements, étonnements et interrogations sur le quotidien des habitants de cette région.
A El Salvador, nous visitons essentielement l’ouest du pays, avec les sites précolombiens de Tazumal, San Andreas et Jaya de Ceren, le port de La Libertad, les villages de Salcoatitan, Apaneca, l’inquiétante Juyua colorée, l’apaisante Suchitoto, la populeuse Santa Ana et la capitale San Salvador dont certains quartiers nous sont interdits. Ces excursions donnent le tournis, rendent nos existences vulnérables et notre mode de vie fragile.
La fin du voyage se clôture par une incursion en Honduras pour une visite du prestigieux site Maya de Copán, un rêve de gamin réalisé ...
Le séjour a laissé une trace indélébile par ces contrastes : douceurs et violences des paysages, des situations, des échanges. Des regards d’inconnus d’abord méfiants, interrogatifs et finalement bienveillants nous ont accompagné pendant deux semaines.

Lundi, Martes - D'Annecy à Antugua
Bye bye Virginie, bonnes vacances à la montagne, profite de la maison, du paysage et du bon air. A dans deux semaines, M. Le Chat. Sur le bord du chemin, Jean et Suzon applaudissent notre départ vers El Salvador. Partons-nous réellement au bout du monde ? Dernier au revoir, nous filons à Lyon.
Train, hôtel parisien et, enfin, au lever du jour, le vrai départ tant attendu. Le taxi nous mène à Orly, la banlieue de ce matin de juillet est déserte. Seules, les innombrables publicités clignotent aux bords de la route, mais pour qui, si tôt ? Les enregistrements des bagages et l’émission des « boarding pass » sont rapides et moins contraignants que prévu. Encore une heure d’attente avant la montée à bord de l’avion qui nous mènera à Madrid.
Madrid, premiers contacts avec une langue dont je ne connais que ... neuf mots, hola, buenos dias, gracias, por favor, uno, dos, tres. Nous comptons sur Gwénaëlle pour communiquer avec nos futurs interlocuteurs pendant les deux prochaines semaines. Le vol pour Mexico aura une heure trente de retard. La grève des pilotes d’Iberia perturbe le trafic. L’avion est rempli de supporters de foot, la coupe du monde est finie depuis hier, ils rentrent chez eux, aïe, aïe, aïe…Onze heures de vol, mon mètre quatre vingt dix huit coincé entre deux sièges supporte le voyage assez facilement, Gwen dort, Alix et Elisabeth écoutent leurs musiques et lisent. Les supporters de foot sont supportables.
Enfin Mexico, à travers le hublot j’aperçois une ville tentaculaire. Elle paraît sans limite. Je reconnais ce qui reste du lac qui accueillait l’ancienne cité lacustre aztèque Tenochtitlan, hélas maintenant disparue. Premiers pas en Amérique, l’autre Amérique, celle des langues latines, des couleurs, du métissage, des grandes civilisations passées. Celle qui ne fait pas la une de l’actualité chaque jour.
Deux heures d’attente dans cet aéroport, les informations sur les prochains vols ne sont pas très claires. J’ose demander au guichet d’informations la porte pour le prochain vol vers Guatemala City. L’anglais que j’utilise ne paraît pas compréhensible. Pourtant « next departure to Guatemala City, please » me semble facile, l’accent doit être exécrable. Un rapide coup d’œil de l’agent aéroportuaire sur les billets permet d’obtenir le renseignement. Il nous faut encore attendre. Au hasard de nos déambulations dans les couloirs et duty free, nous repérons la porte pour notre prochain vol sans que celui-ci ne soit affiché sur les panneaux d’informations, la légèreté de l’Amérique latine.
Derniers contrôles, nous montons à bord de l’appareil flambant neuf de Mexicana. Les passagers sont essentiellement des métis. Nous commençons à apparaître pour des extra-terrestres, blancs, tailles élevées, les filles habillées à l’européenne et sans doute de façon farfelue à leur vue. C’est un vol de nuit. Au décollage, Mexico avec ses milliers de réverbères semble être un lac de lave fluorescent à perte de vue qui contourne les montagnes pour réapparaître derrière et sur les cotés. C’est extraordinaire.
Nous arrivons à Guatemala City, il est 23h30. Après 25 heures de voyage depuis Paris, nous sommes fatigués. L’accueil de la douanière est sympathique, « Buenas noches ! », le contrôle rigoureux des passeports est assorti d’un « Francia ... » prononcé avec sourire et chaleur.
Camilla et ses parents, Julieta et Roberto, nous attendent à la sortie de l’aéroport, présentation et premiers contacts. La mère de Camilla est ravie de faire notre connaissance. Elle rencontre ces drôles de français inconnus qui ont accepté de recevoir leur fille pendant une année scolaire et sans rien demander en contrepartie. D’ailleurs, combien de fois nous l’avons entendu cette question lorsque nous racontions notre décision d’accueillir une étudiante salvadorienne pendant les week end et congés scolaires. « Mais, vous ne demandez rien ? », assorti de regards étonnés. Nous n’avons rien demandé.
Camilla nous annonce que l’hôtel est à Antigua, l’ancienne capitale du Guatemala, à une trentaine de kilomètres. Les bagages sont montés dans le 4X4. Nous prenons place à bord. La ville de Guatemala City ressemble, de prime abord et de nuit, à une grande cité européenne, publicités aux couleurs criardes, immeubles aux façades ternes, voies rapides.
La famille Pinazocci n’a pas mangé depuis son départ de San Salvador, un arrêt dans une station service encore ouverte à cette heure tardive leur permet de se restaurer rapidement. Nous entrons dans la boutique, deux groupes d’adolescents mangent sur deux tables isolées l’une de l’autre. A l'une, des jeunes d’origine hispanique discutent bruyamment. A l’autre, des indiens grignotent en silence. Ils s’ignorent. La distance des deux tables ne semble pas être le seul élément de leurs bulles respectives. Ils ont, pendant un cours instant, le même centre d’intérêt et les mêmes interrogations. « Qui sont ces gringos qui ne parlent pas anglais, ici à cette heure ? » semble dire ces regards étonnés. Nous jetons un coup d’œil sur les produits proposés, bières, coca, sodas, hot dogs, hamburgers, tortillas, glaces, sucreries diverses agencent principalement les rayons.
Nous repartons vers Antigua, la route à la sortie de la capitale devient plus sinueuse. La montagne bien qu’invisible est présente. Antigua apparaît sous des éclairages blafards. Un rapide tour de ville permet d’apercevoir des édifices d’aspects coloniaux. Le petit hôtel est charmant, bâtiment de plain-pied avec, en son centre, un patio. Nous prenons possessions de nos chambres. C’est notre première nuit en Amérique Centrale.