Cité paisible au pied du massif de l’Annapurna située à 200 kilomètres à l’ouest de Katmandou, Pokhara, disons le d’emblée, est une ville à part au Népal. Le tourisme est passé par là.
C’est sur le bord du lac Phewa à 900 mètres d’altitude que se concentrent la plupart des hôtels, restaurants et boutiques de la ville. Un modernisme quasi occidental et pourtant… On n’y roule à gauche comme à droite, les chiens font la sieste où bon leur semble, les buffles partagent la route avec les voitures, bus, camions, motos, vélos et piétons, le personnel peut paraître parfois lymphatique, etc. Rassurant, non ?


Pokhara, on n’y passe pas mais on n’y reste pas non plus. Elle est un trait d’union entre Katmandou et l’Himalaya, entre le Népal d’hier et de demain. Coincé entre les montagnes de l’Annapurna et son lac, elle hésite à choisir sa voie.
Tous les samedis après-midis, la jeunesse de Pokhara, de toute origine ethnique, se retrouve au Club Paradiso, ambiance hurlante, fringues à la mode, maquillage et gel à gogo… Au quotidien, les jeunes portent le jean, roulent en moto, téléphonent sans cesse avec leur mobile ; et les vieux, topi sur la tête, regardent leur monde avec circonspection. Changerait-il trop vite pour eux ?
A Pokhara s’y mêlent donc trekkeurs, babas cool, jeunesse locale et business. Un cocktail détonant ! Si Pokhara avait été en bord de l’océan, elle serait une ville de surfeurs. Les touristes y viennent pour son atmosphère très reposante. On est très loin de la fourmillante Katmandou. C’est une grande ville de près de 200 000 habitants à l’ambiance campagnarde branchée. Les trekkeurs aiment se prélasser quelques jours après une longue marche voire se faire masser par une des nombreuses enseignes de la ville ; les babas y trouvent leur herbe et une ambiance cool héritière de l’ère 68.


Au contraire de Katmandou, la religion ne semble pas obséder les habitants. Peu de temples, peu de moines, quelques offrandes sans plus. A ceci près qu’en ce début du mois de novembre, c’est la fête des lumières. Les habitants de la vallée et parfois même de plus loin viennent tous les jours par milliers pour traverser le lac Phewa et rejoindre le temple Hindoue de Varati. Situé sur une petite île au cœur du lac, Varati est un petit temple à double toit construit dans le style Newari de la vallée de Katmandou. Il est dédié à Varahi, incarnation de Vishnu dans sa forme de sanglier. Là, les hindouistes viennent y faire des offrandes. Il y a sur le pont d’embarcation une frénésie indescriptible où la dévotion et le business se rencontrent. On me propose la traversée. J’y suis déjà allé. Le passeur me propose, tel un représentant, toute sa pacotille : visite d’autres monuments ou marijuana.
Depuis 1959, date à laquelle les tibétains se sont révoltés contre l’occupation chinoise, le Tibet s’est vidé de ses habitants d’origine partis pour l’Inde, le Népal et ailleurs. Ils se sont notamment réfugiés autour de Pokhara dans différents camps. Ils sont quelques milliers, sans papier, avec l’espoir un jour de retourner au Tibet. Le Tashiling village au sud de Pokhara est habité par 700 tibétains qui aménagent leur vie à leurs façons. Ils tissent notamment des tapis et vendent leur artisanat aux touristes. Aujourd’hui, la plupart des tapis tibétains, même au Tibet, sont fabriqués au Népal dans la région de Katmandou et de Pokhara et font des tibétains le principal employeur du pays. La visite de Tashiling est intéressante car on y voit les différentes phases de fabrication d’un tapis et le petit monastère où vivent 30 moines est charmant. Le prix d’un tapis dépendra de différents facteurs : le nombre de nœuds, la taille et la capacité de négociation de l’acheteur.



Une interrogation demeure quant à l’avenir des tibétains. Si les adultes semblent avoir la foi d’un retour possible, les jeunes tibétains n’ont pas connu le Tibet. On leur en parle, mais n’ont pas ce lien unique qui peut les lier à leur pays. Sans compter, qu’ici au Tibet, les jeunes ont accès aux technologies modernes qui font rêver et entretiennent l’espoir de « s’occidentaliser ». Comment alors entretenir la flamme de l’espoir d’un retour possible ? Ne se sont-ils résignés à vivre au Népal ?
Les jeunes de Pokhara, hindouistes et bouddhistes, semblent plus intéresser par le chemin du monde « moderne », les commerçants par les dollars du tourisme et les vieillards aimeraient maintenir leurs racines. L’avenir de Pokhara devrait s’inscrire dans cet « entre trois » ; ce qui en fait une ville cosmopolite, inédite et énigmatique. Le tourisme a encore de beaux jours devant lui…