
Chine autrement dit l’empire du milieu (zhongguo). Cette appellation montre bien la façon dont les chinois se sont toujours considérés comme étant au centre du monde. Se fermer pour mieux se protéger. Replié sur lui-même, ce pays s’est ouvert depuis une douzaine d’années sur l’occident et a aujourd’hui une folle envie de rattraper le temps perdu. Détruire, bâtir, reconstruire encore plus vite, toujours plus loin. La modernité gagne du terrain. Les minorités aux contrées lointaines, épargnées jusque là, sont en danger. Leurs maisons de bois et leurs coutumes ancestrales qui ont résisté à toutes les politiques, à tous les régimes sont aujourd’hui aux portes de la modernité. La culture ‘mac do’ aura été plus puissante que le communisme. Finit le temps ou les habitants d’un petit village se sauvaient à mon approche, terrorisés de voire la première femme ‘blanche’ de leur vie. Les minorités du Ghuizhou, dans le sud de la Chine méritent que l’on s’y attarde.

La Chine se réveille de sa torpeur. L’occident jadis méprisé est devenu une source d’inspiration pour toute une génération qui ne jure que par le dernier téléphone portable et les Nike ultra-légères.
Le partage des richesses n’est plus d’actualité. Une des préoccupations du moment est l’enrichissement personnel. Les valeurs du capitalisme sont rentrées dans les mœurs.
Plusieurs voyages en Chine depuis 1988 m’ont permis d’assister à cette évolution. Shanghai dans un premier temps grâce à son port ouvert aux occidentaux. Et comme une araignée tisse sa toile, les mégapoles chinoises puis les villes et les villages se sont transformés à leur tour. Cette frénésie urbaine défigure le paysage car ici on ne réhabilite pas les vestiges de l’ancienne société, mais on détruit pour reconstruire. La briquette blanche uniforme est devenue le symbole de la modernité conformiste.
Loin de cette agitation, quelques minorités subsistent encore. Les quelque vingt mille chantiers qui se sont abattus sur Shanghai mettent en danger la tranquillité de ces villages qui ne seront plus perdus très longtemps. Les chemins qui accèdent à leurs villages s’agrandissent, deviennent carrossables. La télévision est partout. Insidieusement, les spots publicité ont fait leur travail, ventant les mérites des frigidaires, lave linge et autres objets de consommation.
Texte et photos :
Marie Laure Vairelles, photographe (reportage et montage)