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Dans cette Asie Centrale du Kirghizstan et de l’Ouzbékistan, j’ai goûté aux sentiments du voyageur derrière une lecture particulière : les vestiges d’une utopie.
Le communisme a apporté une modernité improbable et éphémère sur des plateaux sauvages et imprenables. La planification économique et les échanges avec l’Union ont fait pousser des métros à Tachkent, des industries à Bichkek, des administrations, des écoles et des hôpitaux, à la place des Khanats ancestraux. Contre un peu de silence et une entière dépendance.
Toutes les utopies tentent d’exister et finissent un jour par mourir. Celle-ci a duré près d’un siècle. Le temps d’apporter des rêves d’ailleurs, qui disparaissent en quelques saisons ou demeurent en cicatrices éternelles.
Les nomades ont déjà quitté les Kolkhozes au profit des plaines. Mais les villes ne se refont pas en un jour. Les regrets et la nostalgie ne peuvent pas se réconcilier.
Pour voyager à travers le renouveau sauvage et l’empire disparaissant de cette Asie Centrale millénaire, tous les moyens de locomotion peuvent servir. Cette fois-ci j’ai voyagé en poèmes.
Au commerce impérissable
Le bazar
Les parfums du piment
Rencontrent ceux du safran
Dans les étalages de couleurs
Aux palettes de fruits frais.
Le mélange du jaune et du rouge
Dessine un air buissonnant
Aux allées étouffantes
Et promenades en labyrinthe.
Au mélange des couleurs,
Le bruit des saveurs
Fait le vent savoureux
Du marcheur heureux.
Au massacre d’une mer
Mer d’Aral,
J’ai marché sur les fonds marins
Sous un soleil lourd de chagrin
Dans des miettes de coquillages
Aux parfums d’anciens sillages.
J’ai vu sur le port des bateaux mourir de sable
En pleurant à jamais une mère ineffable
J’ai vu le sel et la soif de la mer d’Aral,
Dans la poussière aride d’une grande barrière de rocaille.
J’ai vu un vieux fleuve étranglé
Derrière l’estuaire délavé
J’ai su au désert amarré
Qu’il n’y aurait plus qu’une marée.
Au petit garçon de Boukhara
La pêche
Le soleil s’est jeté dans la rivière
Là où les eaux s’allongent.
Un enfant s’assied sur des nuages d’ombres
Et transperce le temps d’un fil de soie
Jeté dans les flots sereins et opaques.
Au-dessus des gouttelettes mélodieuses,
Les astres ne bougent plus.
Des ondes fabriquent les secondes d’eau
D’une horloge suspendue
Aux profondeurs des courants intérieurs.
Lorsqu’une ville de gloire devient musée
Khiva
Les belles villes disparaissent
Derrière leurs forteresses,
Sous le coup des brigands,
Des nomades, des tyrans.
Ou bien elles se confessent
Leurs lumières du couchant
En jetant leurs promesses
Au musée du mourant.
Oh ! Cités des légendes et des grandes victoires,
Qu’un tremblement de terre vous enfouisse dans l’histoire !
Ne remplissez pas les icônes décolorées
Des villes plates et déshonorées.
A leurs yeux persans
Filles d’Orient
Dans les oasis des steppes d’Asie Centrale,
Des céramiques au brillant turquoise
Sont posés dans des hangars rougis par le soir.
Dans leurs reflets j’ai vu des visages de cristal
Aux échos enivrants des yeux turquoises
Posés sur des regards dévêtis par le soir.
J’ai vu les oasis des steppes d’Asie Centrale.
Aux compères voyageurs
Une soirée parmi eux
Les aventuriers du globe
Ont les plis des montagnes
Sous leurs paupières usées.
Leurs pieds fatigués
Ne savent plus s’aligner.
Ils ont un ruisseau frais
Sur leurs lèvres étirées.
Ils ont encore plusieurs planètes
Dans les petits pas des cieux
Et toute la Terre dans les yeux.
A la pensée du retour
L’heure d’été
Voyage arrête-toi
Et laisse goûter ce thé sur mes lèvres.
Ne me quitte pas
Et rempli mes yeux de tes histoires.
Ne m’abandonne pas,
Reste encore un peu,
Le temps que j’oublie
Que j’ai été cet homme.
Le temps que j’oublie
Les murs de ma vie,
L’usure de mes couloirs
Et l’heure de mon sommeil.
Arthur Brac
http://www.arthurpoesie.com