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Hivernale équestre en Altaï

02/01/2007 - Lu 7032 fois
Randonnée équestre en fin d’hiver dans les montagnes de l’ouest de la Mongolie - Carnet de voyage en Mongolie

Paris, le 7 mars 2006

Arrivé à Roissy CDG, avec 13Kg de bagage.
Au control : « Vous allez où ? »
- Moscou !
Rien que ce mot me suffit à éclater de rire et me dire : « Mais qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? »
Je viens en fait de réaliser où j’allais et un sentiment d’étonnement et d’appréhension m’envahi.
Arrivé à Moscou. 3h en transit avant de prendre l’avion pour la capitale mongole Ulan Bator.
Alors que je flânais dans le duty free, on m’interpelle :
« Aurélien ? »
Je vois alors les 2 filles, avec lesquelles j’allais passer 2 semaines. Présentations faites, nous allons boire un verre. Elles ont 39 et 40 ans, … célibataires … .
Les premières impressions furent rudes, mais cependant, j’appris à les apprécier.
La première, A., que je surnommerais plus tard La Folle, est factrice. Elle a son brevet d’Etat d’accompagnatrice d’équitation et fait régulièrement des randos et autres expéditions à cheval. Elle a beaucoup baroudée : 6 mois en Uruguay en solo, 3 mois au Pérou en solo, 3 mois en Guyane (où une fille d’une de ses amies c’est fait étouffer par un anaconda), 2 mois à la Réunion, plusieurs pays d’Afrique, la Kirghizie et déjà la Mongolie l’an dernier. Elle est plutôt sale, les yeux défoncés et une balafre du nez au menton. Un faux air de toxico où certains neurones sont restés scotchés. Elle fait d’ailleurs 10 ans de plus. Elle fume des roulées, est habillée en collant combi qui lui fait une magnifique poche tombante au derrière. Des bottes mongoles aux pieds, achetées l’année dernière. Bref, un look terrible. Elle vit à Paris 20ème sans TV.
La deuxième, C., paysanne bretonne, que je surnommerais plus tard l’Emmerdeuse. Elle tient un centre équestre et vient de passer son monitorat d’équitation (2 ans de formation non-stop). Elle a aussi pas mal baroudé : Afrique, Asie, Réunion et a son frère qui fait le tour du monde en bateau (dont un de ses amis c’est fait dévorer par les crocodiles en Australie sous les yeux de sa femme). Elle est plutôt en chaire et sans attrait. Elle s’est fait piquer la veille par une tique. Elle non plus n’a pas la TV.
Donc, gros niveau équestre et grosse expérience de baroude. Je fais petit joueur bourgeois à côté.

On prend le bus sur la piste pour embarquer. Le bus est plein de neige à l’intérieur et les vitres sont givrées de l’intérieur ! On embarque dans un superbe Tupolev russe. Du moins superbe de l’extérieur. Car à l’intérieur, je me retrouve les genoux dans les dents et avec la chance d’être à côté de la sortie de secours. Qui au cours du vol, ne se montre particulièrement pas isolée. Les contours de la porte sont complètement givrés à l’intérieur de l’avion. Aucune isolation. Je me retrouve à demander des couvertures à l’hôtesse qui ne comprend rien, pour créer un semblant d’isolation entre moi, la porte givrée et l’air qui siffle de partout. 7h de vol à me peler les fesses. Et ça ne faisait que commencer !
La descente de l’avion commence. Ce con de pilote, certainement plein de vodka, fait piquer l’avion du nez. On entend la carlingue se tordre. Hallucinant ! Je me retrouve presque en apesanteur, avec l’estomac dans les oreilles. La descente est tellement rapide, sans dépressurisation, que je suis obligé de décompressé mes oreilles en soufflant par le nez, comme en plongée.
On atterrit. A., qui avait changé de place pour dormir un peu, m’interpelle.
« Aurélien, mes bottes …J’ai oublié »
Je les lui récupère. Elle était en train de débarquer en chaussette sans s’en rendre compte. Elle est vraiment à l’Ouest !

On arrive le 8 mars

Oulaan Bator, capitale la plus froide au monde. Et encore nous sommes au début du printemps. Ils sont en avance sur nos saisons, et ils ont déjà gagné 10/15°C par rapport à l’hiver. Il fait un froid très sec avec une température de -14°C. En respirant, j’ai les poils du nez qui gèlent ! On est embarqué dans une camionnette avec pleins de tapis et couverture au sol pour isoler. Ou du moins pour essayer, car les vitres sont toujours givrées à l’intérieur et je continue à me peler sévère.
Je découvre la capitale. Les yourtes de la banlieue font place au centre ville avec des bâtiments en dur. Les routes goudronnées sont complètement défoncées, pire qu’en Roumanie !
On arrive à l’hôtel, entièrement neuf, où nous sommes les seuls clients en cette période. Nous avons une chambre collective, ce qui nous prépare en fait à l’absence d’intimité du séjour. Il y a même des capotes dans les tiroirs. La langue est incompréhensible et la prononciation des quelques mots de politesse est impossible. Dés qu’on essaye de parler, nos hôtes éclatent de rire.
Le breakfast arrive. Des clubs sandwich (cornichon, jambon, fromage) tartinés de confiture de fraise !
Tiens … j’aperçois par la fenêtre de la chambre un chien mort complètement congelé.
Notre guide/interprète temporaire est sympa, mais ne comprends strictement rien. Il parle français comme moi l’Espagnol. On va sortir. On se crème pour éviter que le froid sec nous craquèle la peau. Heureusement que j’ai pris 2 échantillons de crème qui me permettront de durer allègrement 3 ou 4 jours. J’espère en fait que je pourrais demander aux filles qui sont apparemment bien mieux équipées que moi.
Faut dire que pour la chasse au kilo, j’ai réduit au maximum, dont la trousse de toilette. J’ai simplement brosse à dent, dentifrice miniature, ces 2 échantillons de crème et … 2 pansements … au cas où ! Alors que bien évidemment, la liste de produits d’hygiène et de secours à prendre était bien plus conséquente. Mais, bon, comme je le dirais souvent pendant mon séjour à mes 2 compagnes, « on est là pour en ch… ! ». Et je ne me trompais pas. La seule chose que je n’ai pas pu éviter, c’est l’assurance rapatriement (décès, invalidité, maladie, accident) qui est en fait obligatoire pour avoir un visa. Ce qui fait comprendre la rudesse du pays. Même en Amérique Centrale ou en Inde ça n’est pas obligatoire.
Bon, on sort. On visite un monastère, puis un temple bouddhiste (principale religion du pays) avec des enfants moines en pleine incantation de prière. Impressionnant.
Et puis là, je vois La Folle, en train de faire une prière devant un autel qui en fait n’en était pas un. Elle est vraiment spéciale !

On fait du shopping, On va déjeuner.
Il n’y a pas de couteau en Mongolie. On prend d’un coup de fourchette et on grignote le morceau. Quand c’est chaud, les hommes font des bruits d’aspiration et finissent par un magnifique rot. La Folle mange comme une dinde. Elle s’en met partout. La Bretonne n’aime rien et fait sa difficile. Je lui fais comprendre qu’il faut s’adapter quand on voyage, mais même moi j’ai du mal à finir mon thé au lait salé (la boisson traditionnelle qui sera par la suite notre seule boisson du séjour).
Après, elles veulent faire la sieste car on a une nuit blanche dans les pattes. Je leur rappelle qu’on est là pour visiter et profiter de la ville.
Elles cèdent et on continue alors la visite. On visite un autre monument, on traverse un fleuve gelé à pied, on aperçoit un chien pris dans la glace que je prends évidemment en photo sous le regard interloqué du guide.

On repart pour du shopping à essayer des tenues mongoles pour notre prochaine chevauchée. La Folle prend une montée et décide de nous attendre dans le mini van. Elle redescend seule, cherche le van et ne le trouve pas. Elle cherche n’importe où, cours partout, alors que nous sommes toujours dans le magasin. Elle remonte ne nous voit pas. Attend devant le magasin 20 minutes.
Nous, on retourne au van, on l’attend, on s’endort. Le guide prend un coup de speed et commence à flipper. Il repart la chercher. En vain. Elle, de son côté, prends un taxi et quadrille la ville pour essayer de retrouver l’hôtel dont elle ne connaît même pas le nom. Elle a fait déjà 4 hôtels, arrive complètement par hasard au notre, et ne le reconnaît pas. La réceptionniste ne comprend rien à ce qu’elle dit. Elle s’apprête à repartir à pied cette fois car elle n’a pas d’argent pour payer le taxi et n’a pas ses papiers. Elle veut se diriger vers un monastère pour y dormir car la nuit tombe. Nous la croisons, complètement par hasard sur la route. On la voit, elle hallucine. Elle se voyait dormir dans la rue, le voyage complètement capoté. Nous, on a compris. On a affaire à une disjonctée. Il faudra qu’on la surveille.
Le soir est à peu prés normal. On fait un apéro vodka cul sec pour se mettre au parfum. Elles ont une bonne descente.


Huitième du Concours de Carnets de Voyage 2006 organisé par I-Voyages en partenariat avec A Cheval en Corse, Carnets d'Aventures, Chemins du Rêve, Editions Complicités, Europe Active, Forum tour du Monde, Khyam, Let's Talk, Patrick Chatelier et Rêves et Nature
Auteur : GUIGNOL | Travels : 0 | infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur