La Bonnet Plume prend sa source dans les monts Mackenzie. Comme la plupart des rivières au Canada, l’hydravion est le seul moyen d’y accéder. Nous arrivons de nuit à Mayo, point de départ de l’hydravion. Ce village déserté des touristes depuis déjà deux semaines, se referme sur lui-même. Nous plantons nos tentes en face de l’embarcadère. La saison est exceptionnellement en avance, nous ne sommes que début septembre et l’été indien est déjà achevé. Seules les couleurs sont restées. Nous nous réveillons après une nuit très fraîche.
Michel, un pilote, nous met en garde quant à la précocité de l’hiver. Nous devrons donc progresser rapidement si nous ne voulons pas subir l’embâcle. Peu après, Tim, notre pilote, arrive. L’hydravion est plein à craquer. Nous avons même des sacs sur les genoux. Nous décollons lentement et gagnons progressivement de l’altitude. Les paysages sont magnifiques, teintés de rouge grenat, jaune et vert. Nous traversons de petites averses. Ces dernières, nous annonce Tim, sont très nombreuses depuis cinq jours. Puis, nous remontons la Bonnet Plume. Ce survol nous donne une idée un peu plus précise des rapides qui nous attendent. La rivière est étroite. Sa couleur verte est due aux sédiments glaciers. Son lit est parsemé de moutons, ce qui laisse présager des turbulences générées par des rochers.


Nous avons juste eu le temps de décharger l’hydravion, que Tim nous salue et s’en va. L’hydravion, à vide, décolle très rapidement. Le bruit de ses deux hélices s’éloigne et disparaît. Ça y est ! Nous voilà à pied d’œuvre.
Jean-Marc Périgaud, Aventurier, Photographe et Guide Polaire