La botte Nord–Ouest de la Laponie Finlandaise aux environs du 70°N a pour caractéristique une forte diversité de paysages due à une topographie marquée par la dernière période glaciaire de la région. La variété des lacs, rivières, et l’enchaînement de gigantesques Tunturi longeant les frontières Suédoises puis Norvégiennes, ont fondé sa réputation.
La région est encore recouverte d’une forêt boréale parfois assez dense mais basse en altitude, le paysage se transforme en véritable toundra dès les 300 m d'altitude. L’ensemble des 20 sommets hauts de plus de 1000m de la Finlande se trouvent dans ce gigantesque Wilderness vaste de 2200km2, inhabité si ce n’est par quelques éleveurs de rennes traditionnels qui désertent la région lors de la période hivernale. Il s’agit de la région la plus froide de Laponie, il n’est pas rare d’y rencontrer des températures avoisinant les -40° en février, période la plus froide.


Les randonneurs estivaux utilisent une piste les quelques éleveurs de rennes empruntent à motoneige l’hiver. Cette piste pourra nous offrir un terrain de progression tout d’abord relativement damé si de fortes précipitations récentes ne l’ont pas déjà recouvertes. Un circuit de cabanes de trappeurs parfois utilisées par les éleveurs de rennes locaux nous permettra vraisemblablement de nous abriter avec relativement plus de confort (couchette et poêle à bois), hutte lapone, abris traditionnels en rondin seront les auxiliaires de nos tentes d’expédition ! Ce territoire sert parfois aux scandinaves ou autres européens de lieu de préparation aux expéditions en partance pour le Groenland.
Lumières rasantes du solstice d’hiver, aurore boréales, Taïga cristallisée par la neige, un spectacle digne de la légende du Grand Nord et que tous les aventuriers amateurs de beauté arctique ramènent au creux de leur mémoire d’enfants émerveillés…
Quelques chiffres...
21 janvier : arrivée à Rovaniémi et transfert au point de départ
22 janvier : départ des 4 traineaux, 30 chiens et 6 coéquipiers
28 janvier : fin de l'expédition.
Récit...
Avec Arnaud, un ami musher, nous nous retrouvons à Kilpijärvi, un petit village Finlandais situé à 70° de latitude Nord. Mi-janvier, le soleil est quasi-inexistant. Heureusement la pleine lune nous éclaire bien.
Une fois les 35 chiens attelés, nous enlevons les ancres à neiges. Ici, dans les talwegs, il ne reste que quelques bouleaux. Dès que nous nous élevons de quelques mètres les petites forêts font place à la toundra à perte de vue. Nous suivons pendant près de 15 kilomètres des traces de motoneiges. Ce n’est qu’après que les choses sérieuses commencent. En effet, il n’y a plus de traces. Je passe alors devant à ski pour faire la trace pour les chiens. Il fait déjà bien sombre et il est difficile de voir les obstacles pour tracer son chemin. Il me faut tracer une belle piste, la moins sinueuse possible pour que les attelages puissent passer facilement. Malgré la température de -25°C, il y a certains endroits où il y a de la slush*. Les chiens n’aiment pas cette présence d’eau. Ils ne sont pas les seuls car, par moments, même montés sur les patins, les pieds pataugent. Nous plantons les tentes sur un petit promontoire au milieu du lit de la rivière Porojoki. Il y a près d’un mètre de poudreuse et nous n’arriverons à faire tenir les tentes qu’en les attachant aux arbres. Le matin, je pars à ski une bonne heure avant tout le monde pour chercher le meilleur chemin possible pour les attelages. Cela me permet également de me réchauffer. Vers les 11 heures, le disque solaire fait une brève apparition au-dessous des montagnes avant de repasser sous l’horizon. Nous poursuivons plein Nord dans la poudreuse. Les chiens font un travail remarquable car les traîneaux sont très chargés. Natsiak et Omsk, les deux chiens de tête suivent mes traces et se jettent dans la poudreuse avec plaisir.
La lune nous éclaire la toundra et les couleurs sont tout simplement extraordinaires. Le ciel est bleu, rose et violet. Tout se résume en un mot : magnifique.
Les journées de progression sont longues et nous terminons systématiquement dans la quasi-obscurité. Un soir, après avoir longtemps monté, nous franchissons un col venté où la neige est bien croûtée. Les attelages sont alors loin devant moi et je les suis à ski. La descente sur l’autre versant est plus que sportive car la rivière est très encaissée et il est impossible de faire des virages. Les chiens partent au galop et slaloment entre les rochers. Subitement Natsiak fait un écart entraînant dans sa foulée les autres chiens. Avec confiance et ne voyant rien, Arnaud laisse la chienne faire. Heureusement ! En effet, le courant est tel, que la rivière n’a pas pu geler à cet endroit. Il y a donc un trou dans la glace d’un diamètre de plus d’un mètre ! Ainsi, tous les attelages sont passés à côté de ce trou d’eau. Une fois la descente terminée, nous établissons un nouveau campement sous la tente et pouvons admirer une aurore boréale rouge. Ayant campés sur un versant sud, un peu en hauteur, nous avons le plaisir de voir pour la première fois de l’expédition, le soleil passer au-dessus de l’horizon. Malheureusement pour nous, à peine sommes-nous partis que nous descendons et que nous perdons le soleil. Le froid se fait plus présent. Le vent se lève et la neige court au sol. Le vent souffle à plus de 50 kilomètres par heure et la neige vole sur un mètre de haut. Pour la première fois de l’expédition, nous nous arrêtons dans une cabane. À l’abri, au coin du poêle nous entendons la tempête se lever.


Une fois la tempête passée, la poudreuse a été balayée et la neige est dure. Les traîneaux filent et je récupère deux chiens, Némo et Manuk, qui me tractent sur les skis.
Nous ne passons pas très loin d’un troupeau de rennes. Le sang des chiens ne fait qu’un tour. Arnaud tient les chiens à merveille et nous terminons notre descente jusqu’à Kilpijärvi debout sur les freins.