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Pingyao : les 23 Piaochao du Shanxi

01/07/2006 - Lu 5602 fois
La ville de Pingyao est bâtie sur les critères militaires de l'époque.





 C'est pendant les vacances de Pâques 2005 que nous sommes allés en Chine. Un extraordinaire voyage qui nous a conduits de Pékin aux provinces du Hubei et du Shanxi, où nous nous sommes perdus dans les Montagnes sacrées de l'Ancien Empire du Milieu...

Le Shanxi fait partie du "coeur historique" de la Chine. C'est le berceau de la civilisation Han, qui compte d'anciennes capitales, des montagnes sacrées, de nombreux temples, le tout sur une terre ocre, le loess, qui a donné son nom au grand fleuve qui traverse la province : le fleuve Jaune, le Huanghe Jiang.

De Taiyuan, nous avons rayonné pendant trois jours pour visiter les Montagnes Mian, (le Mianshan) et ses temples superbes, bâtis à flanc de montagne ; la magnifique vallée de Shuitao et ses cascades, ainsi que la ville de Pingyao, ancienne cité des Ming, premier centre financier chinois.

L'existence de la ville de Pingyao remonte au VIII° siècle avant notre ère. Capitale de district depuis le IV° s, c'est au XIX° siècle que cette petite ville, dans la plaine de la rivière Fen, au centre de la province du Shanxi, devient le plus grand centre bancaire de la Chine.

Classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1997, la ville, épargnée des destructions du XX° s, révèle, dans une architecture intacte, l'histoire des marchands et des banquiers du Shanxi.

Les programmes de sauvegarde de la ville avaient commencé dès 1982, par le déplacement, hors de la cité historique, d'une partie des établissements municipaux, des industries qui s'y étaient implantées et de près de 20 000 habitants. Le but recherché : libérer des bâtiments historiques, créer des espaces verts, préserver, réhabiliter et valoriser l'espace culturel et artistique de la ville. Un pari réussi (mais à quel prix ?) : les touristes, tant Chinois qu'étrangers, commencent à venir retrouver ce témoignage d'un riche passé.

Pingyao : les remparts

Dès notre arrivée, nous commençons par visiter les remparts de Pingyao.

Nous dérangeons un monsieur qui dormait dans un pousse-pousse ancien, sur la plate-forme de la citadelle, et qui s'empresse de filer avec son engin, nous laissant toute la place...

Au début, le temps un peu gris nous inquiète, (il a même plu pendant que nous venions en car), mais il laissera vite place au soleil, et c'est sous ces délicieux auspices que nous pouvons ensuite aborder la visite de cette ville-joyau. Nous la découvrons en vélo-taxi, dans une sarabande joyeuse et animée, qui nous promène dans les ruelles cachées de la ville et nous donne envie de vite rejoindre les rues commerçantes animées et tentatrices...

La légende dit que ces murs ont été bâtis de 827  à 782 avant notre ère, quand Ji Jing, roi de la dynastie Zhou de l'Ouest (-1 100 à -771), y a envoyé ses troupes pour garder la frontière de son territoire. Ils sont bâtis en argile damée recouverte de briques.

Le plan affiché sur la plate-forme du fort nous donne une bonne idée de l'organisation d'une ville bâtie sur les critères militaires de l'époque. Elle est entourée d'une muraille d'enceinte de 6,4 km de long et si la muraille sud est d'un dessin dentelé, les autres côtés forment un carré parfait, qui reproduit l'idée que les Chinois se faisaient de la Terre (plate et carrée, inscrite dans un cercle représentant l'Univers).

La carte de la ville montre bien l'organisation sociale des 2 dernières dynasties chinoises, les Ming et les Qing (1644-1911) : Elle dessine un réseau de rues en damier, composé de 4 grandes avenues, 8 rues secondaires et 72 ruelles.

Cet agencement lui a d'ailleurs valu le surnom de ville -tortue, "Guicheng" : la porte du sud en est la tête, celle du nord la queue, les quatre portes de l'ouest et de l'est sont les quatre pattes, et les avenues,  les autres rues et les ruelles représentent les dessins de sa carapace. De plus, comme à l'extérieur de la porte sud, il y a deux puits, cela vient renforcer l’image d'une tortue grimpant vers l’eau. Dans la Chine antique, la tortue était le symbole de la longévité et de la paix.

Dans chacun des quartiers ainsi formés et clos de hauts murs,  se trouvent les propriétés à cour carrée, emblématiques de la Chine du Nord, dont nous visiterons un magnifique exemplaire, la banque Rishengchang.

Les remparts, de dix à douze mètres de haut et  larges de cinq en moyenne, sont protégés par des bastions hauts de 7 mètres, aux quatre angles, entourés de douves de quatre mètres de fond et autant de large, par des tourelles et par les six portes qui donnent accès aux avenues. Chaque porte est surmontée d'un pavillon-fortin.

Raffinement supplémentaire, un système d'évacuation d'eau est installé sur leur couronne, ainsi que  des terrasses séparées de 50 mètres. Par ailleurs, pour finir de donner le tournis avec les chiffres, il y a 72 tours de guet et 3 000 créneaux...

Sur un tel soubassement, le fortin nous surprend par sa finesse et son élégance : une fine colonnade et des toits vernissés élégamment recourbés lui donnent un air faussement pacifique. Ce qui est vite démenti par les guerriers de bronze, les canons et autres armes défensives et offensives qui se cachent derrière les créneaux !

D'en haut, nous admirons les rues et avenues de la ville, dont la grande rue du Sud (Nandajie) et ses multiples boutiques, assez désertées pour l'instant à cause de la pluie.

Mais le temps de descendre des remparts et de voir la bonne surprise qui nous est réservée (un tour de ville en vélo-taxi) donne au soleil le temps de percer : la visite devient alors idéale !

Auteur : miclac2 | Travels : 0 | infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur