La Chine, encore ? Non franchement, je rêvais mieux : une course-poursuite sur un sentier escarpé du Cap-Vert, une planque dans un temple au Japon, un commando spécial à travers les brousses d’Afrique du Sud, une identification des plus belles pages du Brésil…
Mais là, envoyer sa journaliste de choc dans le no man’s land chinois, cela relevait de la mission-suicide. Un précédent voyage dans le Sichuan &Yunnan m’avait assez bien échaudée. Certes, j’étais partie en reconnaissance des hauts lieux de spiritualité bouddhique dans cette zone frontière où la culture tibétaine reste prégnante. Bien sur, j’avais été incroyablement bien accueillie par les villageois tibétains. Mais dans les vallées… Dans ces villes-champignons en perpétuelle construction où les chinois s’entassent, les habitants m’étaient apparus comme des rustres, des êtres bien peu ouvert à l’échange et à la fantaisie. Des gens rendus inquiets à l’époque par l’apparition du SRAS. L’étranger était devenu l’ennemi public numéro un, le pestiféré. J’avais été la femme à abattre mais était revenue in extremis de cette mission. A mon retour, j’avais claironné à qui voulait bien l’entendre :
« Jamais plus je ne mettrai les pieds en Chine !» Ah ça, non.


Et voilà qu’un rédacteur en chef décidait de m’y renvoyer avec la ferme intention de me faire enquêter sur les applications concrètes, dans la vie quotidienne, du bouddhisme chinois. Ma situation financière catastrophique me contraignait à accepter cette nouvelle mission.
C’est fou ce que les perceptions du voyage changent en fonction de notre état d’esprit et de ce qu’on est venu faire dans un pays. Depuis ce précédent voyage, je ne pensai voir Bouddha que dans les yeux brillants des Tibétains. Dans mon esprit, l’encens ne parfumait guère que les cimes himalayennes, les pujas lancinantes des moines ne résonnaient plus que sur les flancs des montagnes tibétaines, qu’elles appartiennent officiellement ou non à la Chine. Les drapeaux à prière, les offrandes, le renoncement et la foi n’étaient pas affaires de Chinois.
Mon premier voyage m’avait conduite sur une fausse route : j’avais réduit la Chine à son ethnie majoritaire (les Han) et sa pensée religieuse prédominante (un curieux mélange de taoïsme, de confucianisme et de culte des ancêtres). Zéro pointé.
Je m’étais envolée un peu cotonneuse, un peu perplexe. Contente malgré tout de partir travailler, toujours désireuse de découvrir. En nourrissant l’espoir secret d’être étonnée.
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