Février 2003, me voici à Montréal pour un raid en motoneige qui me mènera de Chertsey dans la région de La Lanaudière à Obedjiwan village de la communauté des indiens Attikamews à 1500 kms de toute terre civilisée.
A mon arrivée la douce ambiance de l’aéroport de Dorval est vite estompée par le froid « sibérien » lorsque s’ouvrent les portes extérieures. Le thermomètre affiche allègrement – 20° ce qui est courant à cette époque. Mon ami Jean Vinet emmitouflé dans son parka grand nord a un petit rire narquois au bout de ses lèvres : « bienvenue dans le paradis blanc » ce qui en dit long sur les prochains jours à venir. Jean Vinet est un ancien champion sportif reconvertit dans les raids en motoneige. Sa reconversion est une réussite totale, lui qui est un grand amoureux de la nature et un chasseur émérite.
Après une bonne centaine de kilomètres nous voila à son auberge, une belle bâtisse tout en bois rond âgée de 100 ans et qui a conservé le charme inimitable des premiers pionniers avec sa cheminée extérieure en pierre du pays. Après avoir salué Sylvie son épouse, nous nous installons au coin du feu, sirotant un bon café qui réchauffe nos organismes.
Puis nous entamons notre conversation sur ce fameux raid : 1500 kms en motoneige où la majeur partie se fera en hors piste. Tous les types de terrains sont présents : forêts, lacs et rivières gelés, plaines sans fin, sentiers à peine visibles. Le kilométrage n’est pas mal non plus, de quoi avoir sa dose de froid pour le restant de nos jours. Car plus nous monterons vers le Nord et plus la température s’abaissera.
Après une bonne nuit et un copieux petit déjeuner de « bûcheron » c’est le départ. Dehors le temps est à la neige et le froid intense. Un clic sur le démarreur électrique et nos Polaris 800 cc commencent à chauffer doucement. Ce sont des bêtes de course qui peuvent atteindre 160 kilomètres heure, et gare à celui qui se laisse griser par la vitesse, il a vite fait de se retrouver dans le décor. Nos combinaisons « grand froid » ajustées, nous prenons un petit sentier qui nous mènera sur la piste principale. En cette matinée glaciale pas une âme en vue, sur les 100 premiers kilomètres, nos skidoo flottent littéralement dans la poudreuse. Depuis le cow-boy chevauchant les plaines de l’Ouest, l’humanité n’avait jamais inventé d’images aussi enivrantes de liberté. Je découvre le far-west du nord. Nous sommes au cœur de cette vaste région peu peuplée du centre du Québec que l’on nomme parfois « Attikamie » en l’honneur des indiens Attikamews qui la peuple. On l’appelle aussi Haute-Mauricie une des dernières régions pas encore atteint par le tourisme mais tout change très vite.
Il n’y a pas si longtemps, seul l’hydravion permettait d’accéder à cette région. Mais devant l’afflux de touristes avides de grands espaces vierges, les trains qui jusque là étaient réservés aux marchandises chargent maintenant des touristes en leur offrant wagons panoramiques, restaurant de bord et fauteuils confortables.
Nous traversons un chapelet de villages et hameaux qui ne figurent pas encore au guide Michelin : Clova, Parent, Oskélanéo, au passage nous profitons de faire le plein avec un bon café pour nous réchauffer. La monotonie du trajet nous endort presque, ce n’est qu’une litanie de forêt, de rivières, nous ne rencontrons personne, sauf le froid qui glace nos poumons. A midi nous faisons une halte dans une clairière, un feu de bois et une bonne saucisse d’orignal nous requinque le tout avec un bouillon de viande et nous voila repartit, dans la forêt quelques chevreuils sont à la recherche de nourriture parmi les sapins rabougris. Nous apercevons des traces de lièvres eux aussi à la recherche de nourriture.
Nous arrivons maintenant au bord d’un grand lac gelé, Jean s’avance prudemment cherchant les passages. Il faut faire attention de ne pas tomber dans un trou formé par un courant chaud, on ne le voit pas la neige le recouvre, et lorsque vous passer dessus le poids le brise et vous tomber dans l’eau glaciale ce qui peut être fatal dans les minutes qui suivent. Nous passons sans encombre, l’expérience de Jean m’est d’un grand secours, selon la couleur de la glace il peut en définir sa hauteur. Le froid intense de la nuit dernière a épaissit un peu plus cette glace qui doit avoisiner les un mètre et c’est sans encombre que nous pouvons libérer les chevaux de nos machines dans un nuage de poudreuse. En fin d’après-midi lorsque le soleil se couche et que le froid devient vraiment intense, nous arrivons en vue de notre motel. Déjà bon nombre de motoneigistes ont fait étape pour la nuit. Environ 21 bolides sont alignés dans la cour. Nous poussons la porte et une douce chaleur nous envahi. Nous lions connaissance avec un groupe venu de Paris pour qui c’est une première, tout ce petit monde est excité mais l’alcool y est pour beaucoup. Après le dîner nous discutons au coin du feu de notre périple, chacun nous envie de ce raid au fin fond de la civilisation. Un dernier bonsoir et nous retrouvons notre chambre pour un repos bien mérité.