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PECHE AU PAYS DES INUIT

22/10/2004 - Lu 10198 fois
Les ombles artique de la rivière Tunulik font palir d'envie bon nombre de pêcheurs. Mais peu sont admis dans ces camps de pêche gérés par les inuit.

 

C’est à l’invitation de la Fédération des Coopératives du Nouveau Québec ( F.C.N.Q) que je me suis rendu durant l’été 2002 au camp de pêche de la rivière TUNULIK, à la découverte des ombles géants (« chars » pour les québécois).

Ce camp de pêche est situé dans la Baie d’Ungava à 2000 km au Nord de Montréal, et l’accès se fait uniquement par avion.

 

OmbleCette rivière a la particularité de voir remonter en août lors de la saison du fraie uniquement que les gros ombles dont le poids varie entre 8 et 13 kilos. Ce phénomène est unique dans cette partie du Canada car comme les saumons les ombles remontent dans leurs rivières natales.

De nombreux biologistes ont pendant des années étudié cette rivière et imaginé tous les paramètres possibles : ils n’ont trouvé aucune explication à ce phénomène. Si la majorité des ombles naissent dans d’autres rivières, la Tunulik ne récolte que les gros ombles issus de toutes les rivières du Grand Nord.

Pourquoi ? la question est sans réponse, à la grande joie des passionnés de pêche comme moi qui depuis des décennies bourlingues à travers les grands espaces du Canada.

 

J’ai pêché sur les plus grandes rivières de cette région grande comme la France telles que la rivière aux Mélèzes, la Kolsoak, la rivière aux Feuilles, la célèbre rivière George, la rivière à la Baleine. Toutes renferment un potentiel de pêche qui ferait frémir le plus blasé de nos pêcheurs tant le potentiel est impressionnant, il n’est pas rare de prendre toutes espèces confondues (truite mouchetée ou fario, truite grise ou touladi, omble) plus de 50 poissons dans la journée d’un poids variant de 2 à……kilos.

Mes séjours de pêche m’ont emmené dans des régions aussi grandes qu’une bonne dizaine de département avec pour seuls compagnons : le pilote de l’hydravion et mon guide inuit Norman. Norman est un inuit issu de la côte est du Labrador, il connaît cette région comme sa poche et ne craint pas au cours des ces parties de pêche ou de chasse de coucher dehors au creux d’un rocher avec pour couverture les aurores boréales.

 

Bref, je débarque à Montréal par un après-midi de juillet en provenance de Genève. Avec une température digne de la Côte d’Azur. Après avoir récupéré mes bagages et mes précieuses cannes à pêche, je me dirige vers la sortie où m’attend mon ami Steve Ashton Directeur Touristique de la fédération Inuit. C’est lui qui a planifié mon séjour. Pour une fois dirais-je….car, comme vous les saviez peut-être (si vous êtes un lecteur assidu du webzine) je suis directeur de la programmation dans une agence de voyage à Genève et Tour Opérateur sur le Canada.

 

Après une nuit de repos et un solide petit déjeuner, direction l’aéroport de Dorval. Il est 6 heures du mâtin et déjà règne une activité fébrile : ici une famille indienne, là un groupe d’inuit et son stock (bagages), plus loin des bûcherons avec leurs outils mais aussi la canne à pêche pour agrémenter les jours de repos. Un retard de dernière minute retarde le départ de notre boeing, et j’en profite de lier amitié avec tout ce beau monde. C’est chose facile dans ce pays où tout le monde vous tutoie.

Enfin nous partons. Le vol est assez cocasse : selon le nombre de passagers on avance ou on recule des parois mobiles et l’arrière fait office de soute, chose qui serait impensable dans nos contrées, mais ici nous partons vers le Grand Nord où les mentalités sont différentes.

 

A travers le hublot, dans un ciel sans nuages, nous apercevons la forêt qui s’étend à perte de vue entrecoupée de lacs et de rivières. Nous distinguons quelques camps de pêche (pourvoiries) dont le seul lien avec le monde extérieur est l’hydravion et le téléphone satellite. Au fur et à mesure que nous montons vers le Nord la forêt fait place à la toundra, et les lacs et les rivières sont de plus en plus nombreux. Deux heures trentre plus tard nous attérissons à Kuujjuaq (Fort Chimo pour les blancs).

 

Rien à voir avec Roissy ! ici un bâtiment aménagé tient lieu de hall de départ et d’arrivée ce n’est pas le souk mais on y est presque. Cet aéroport fait office de plaque tournante pour les destination telle que Résolute Bay en Terre de Baffin, une île grande comme la France.

C’est fou ce que l’on peut attendre dans un aéroport, enfin notre dernier moyen de transport arrive et nous embarquons dans un Twin Otter d’une dizaine de place. Le Twin emporte cinq inuit chargés comme des mulets, 5 américains qui viennent chaque année pêcher et Moi, le seul européen à tenter l’aventure au bout du monde.

Le vol se passe sans histoire. Ne volant pas très haut nous distinguons nettement les accidents du relief, les lacs, la toundra, les rivières et leurs rapides que j’imagine pleine de poissons, mais aucune habitation sur cette terre austère qui voit la température descendre l’hiver à – 50°. Il est vrai que ce territoire grand comme la France n’abrite que 6000 inuit et indiens. Autant vous dire qu’on se bouscule pas et la pêche au coude à coude ici, connaît pas.

 

Camp géré par des inuitsQuelque trente minutes plus tard le camp est en vue. Un dernier virage et nous voilà dans l’axe de la piste. Une piste pas en bitume mais en terre battue. Après avoir touché la piste l’avion est pris de soubresauts, toute la carlingue tremble et moi aussi. Le bout de la piste se rapproche rapidement et la vitesse est encore élevée. Mais quelques centaines de mètres plus loin l’avion s’immobilise dans un tête-à-queue magnifique. Une première pour moi. Quelle ne fut pas ma surprise de voir 2 pilotes inuit aux commandes. Dans un effort d’intégration, le gouvernement donne une chance à ce peuple millénaire de créer des entreprises et de les gérer eux mêmes. C’est la cas de cette compagnie aérienne « Air Inuit » qui mieux que ces autochtones connaît leur immense territoire et les caprices du temps. D’autant plus que les moyens modernes de navigation n’existent pas. Tous les petits avions menant les pêcheurs dans les camps de pêche volent à vue. En cas de mauvais temps ou de brouillard ils sont cloués au sol.

 

Déjà des inuit d’affairent à décharger nos bagages qui seront transportés dans de petits chalets au confort spartiate face à la Baie d’Ungava. Après avoir pris possession de mon « home » j’enfile mes bottes, prépare ma canne à pêche Mitchell en carbone, un moulinet rempli de mono filament de 35/100 et ma boîte de leurre composée uniquement de cuillère « pixie » aux couleurs rouge et orange fluo. La pixie est la reine des leurres dans le Grand Nord. Qui ne possède pas ce type de cuillère est assurée de rentrer bredouille. Elle se présente sous la forme d’une cuillère très incurvée, martelée de couleur argent ou or, sur le dessus une petite bosse en plastique de différentes couleurs. Mais mon expérience a prouvé que seules les cuillères orange et rouge fluo sont efficaces. D’après mon ami Stéve elle procure un haut rendement, et il avait drôlement raison……..

 

Après avoir marché 300 mètres me voici aux pieds des chutes de la Tunulik. Elle prend sa source a 300 kilomètres vers le sud, traverse la toundra et des défilés où les nombreux rapides sont malheureusement pas accessibles et termine sa course par des chutes somptueuses dans la Baie d’Ungava dans un vacarme assourdissant. Malheur à celui qui tombe dans l’eau, la température ne dépasse pas 4° au plus fort de l’été.

 

Après quelques jets infructueux, une violente secousse au bout de mon poignet faillit me faire perdre l’équilibre. La touche est brutale et net. Déjà le moulinet et chante et je voit le fil se dévider à une vitesse impressionnante. L’omble se sentant pris part dans le courant qui combinée à celle des chutes lui est un précieux alliée. Ses coups de têtes se répercutent dans mon poignet. Je n’ai jamais vu une défense aussi agressive, pas même celle d’un saumon. C’est incroyable depuis le début du combat prés de 100 mètres de fil sont partis et la partie est loin d’être gagnée, car il ne donne aucun signe de fatigue bien au contraire. La tension du fil est extrême et ma canne ploie sous un angle que je n’ai jamais vu. Elle a beau être en carbone de haute densité et d’une marque réputée, il y a une limite à tout. Il faut que je le sorte de cette zone et l’emmener vers des eaux plus calmes. C’est facile à dire mais pas évident.

 

Remarquant une petite anse calme je me dirige vers celle ci en prenant garde à mon équilibre, je ne suis qu’à 2 mètres du bord et le roc est parfois glissant. Remontant une fois de plus vers les chutes afin d’en redescendre avec le vitesse, je parviens à le détourner vers des eaux plus calmes. Sentant le danger il repart de plus belle, mais serrant un peu plus mon frein, je l’en dissuade rapidement. Cela fait bien 10 minutes que mon omble est pris et commence à faiblir. Le fil réintègre petit à petit la bobine et l’omble se rend dans un dernier sursaut rageur. C’est un bel omble à la robe argentée. Il n’a pas encore sa couleur nuptiale rouge cramoisi qui ne sera effective que dans 3 ou 4 jours lorsqu’il sera en eau douce et que les chutes seront passées. Il mesure 80 cm pour un  poids de 8 kg. Son ventre est bombé par l’absorption massive de capelans, son corps est constellé de points rouges et jaunes. Après l’avoir photographié je le rends à la rivière.

 

Durant mon séjour les touches se sont succédées ainsi que les prises. La majeure partie de poisson est remis à l’eau. Le plaisir du pêcheur est d’avoir un poisson au bout du fil et contrairement à ce que l’on pense ce n’est pas le pêcheur qui sort toujours vainqueur. Je me souviens d’une journée passé dans la baie d’Ungava avec Norman mon guide, un omble respectable a cassé net mon 35/100 après avoir fait un superbe saut périlleux et plongé dans les profondeurs. Cela arrive si vous ne maîtrisez pas entièrement votre matériel, le temps de relâcher un peu le frein il est trop tard, la vitesse de l’omble en pleine possession de ses moyens allié à la vitesse du courant est un piège redoutable dont je ne fus pas le seul à être victime.

 

Aurore boréaleMais le fin du fin restera toujours gravé dans ma mémoire. Nous étions partis de bon mâtin faire le tour des petites îles de la Baie d’Ungava avec la marée favorable. Nous traînions depuis 2 heures sans aucune touche. C’était désespérant d’autant plus que le soleil faisait juste son apparition et que la température n’était pas au plus haut. Nous tournions autour des ces îles à la recherche des gros ombles qui se rassemblent dans cette partie de la baie avant de franchir les chutes fin juillet début août. Ils ont l’habitude de rester en dehors des chemins migratoires en attendant l’appel de la Tunulik. Explorant le bord des îles sur les hauts fonds je laissais ma  « pixie » plonger vers le fond, c’est là que se tiennent les gros en attendant que le soleil réchauffe la surface de l’eau. Nous venions de passer un petit cap au ralenti quand mon fil se tendit de manière anormale et mon moulinet se mit à chanter. Je hurlai au guide de couper le moteur pensant avoir accrocher un rocher, si nombreux à cet endroit. Tout en faisant marche arrière je récupérais mon fil jusqu’au tendu et c’est là que mon « rocher » fila vers le large. Le temps de réagir de ma surprise et de régler mon frein une bonne partie du fil était sorti. Mais voulant éviter la casse je desserrais le frein au maximum et suivi mon omble afin de ne pas le combattre dans les rochers mais plutôt en haute mer. Je commençais à m’inquiéter car plus de 150 mètres de fil était sorti et que la fin de la bobine était proche. Une fois les rochers éloignés je ramenais du fil tout en serrant le frein progressivement. Je pensais avoir gagné la partie, mon guide pris l’épuisette qui devait faire bien 80 cm de diamètre…….et me demanda de l’amener à lui. Lorsque le poisson fut à quelques mètres mon guide s’écria «  it’s a big char » (c’est un gros char).

Mais c’était une ruse, l’omble s’était laissé ramené facilement pour mieux nous surprendre, maintenant il plongeait vers le fond à vive allure avec de violent coups de tête. Devant cette attaque aussi lâche que sournoise je dû desserrer mon frein à fond pour éviter une casse certaine et aussi je ne voulais pas perdre une proie aussi grosse. Bien que l’omble chercha a retourner parmi les rochers j’eu toutes les peines du monde à l’en dissuader. Ma canne ployait d’une manière incroyable, il faut croire que le carbone est une matière très résistante. Ce ne fut qu’au bout d’une lutte de plus de vingt minutes que je pus l’apercevoir entre deux eaux. N’ayant plus la force de lutter, il accepta de ce rendre dans un dernier rush désespéré. C’était le record de la semaine : 1 mètre pour 12,5 kg. Moi le petit européen, j’avais battu les américains, même s’ils sortaient vainqueurs avec un total de 600 kg pris dans la semaine.

 

Pour les moucheurs, il faut une canne de 8/9 pieds à action parabolique, une soie très plongeante N° 4 un bas de ligne en 30/100. Les streamers aux couleurs vives montés sur un hameçon 2/00 sont très attrayants mais aussi les mouches de votre fabrication. Ne pas oublier 100 à 200 mètres de backing et un moulinet voire 2 en excellent état.

 

Pour les lanceurs une canne de 2, 70m à action parabolique, un ou 2 moulinets en excellent état, 2 bobines de mono filament en 30/100 et 35/100 (200 mètres), bas de ligne 28/100. utilisez de préférence la « pixie » aux couleurs argenté la bosse de couleur rouge ou orange fluo. Vous pouvez aussi utiliser la Dardewel rouge et blanche, Cyclops, Mepps en taille 4 ou 5 tournantes.

 

 

OmbleL’organisation de la pêche est entièrement gérée par les inuit. La restauration est assurée par des cuisinières inuit et les repas copieux. Nous avons goûté aux spécialités du coin : le rôti de caribou et son steak, les gâteaux inuit et tout un tas de mets savoureux avec en prime leur gentillesse et leur hospitalité. De plus en cette période de l’année les aurores boréales agrémentent vos courtes nuits et vous donnent le frisson. Il n’est pas rare de voir les caribous, les lièvres arctiques, les lagopèdes qui foisonnent en ce court été arctique. Sans compter les phoques qui viennent vous rendre visite près du bateau et les baleines blanches appelées Béluga.

La toundra s’étend à perte de vue avec ses collines, ses fleurs. Au cours de vos promenades vous apercevrez les oiseaux migrateurs et leurs petits dans les nids à vos pieds. Peut-être auriez vous la chance de voir un ours ou un loup très nombreux dans la région, mais ne vous fiez pas, si le calme rêgne, il n’est qu’apparent de nombreux animaux vous observent depuis leurs tanières. Malheureusement seuls les pêcheurs sont admis dans ces camps, mais d’autres organisations sous la responsabilité des inuit vous feront découvrir les mille et une facette que peu de gens auront l’occasion de découvrir. Il n’existe pas de route dans le Grand Nord seul l’hydravion sert de taxi de lac en lac ou de village en village. Cette culture millénaire s’ouvre doucement au tourisme mais ce n’est pas demain que les hordes de touristes envahiront le Grand Nord qui pour nombre d’entres nous reste un endroit magique plein de mystères. L’âme de Jack London n’est pas loin.

 

Auteur : kanawata | Travels : 0 | infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur