La route d'approche du parc passe par la ville de Jackson Hole. Une grosse bourgade blottie au fond des Rocky Mountains. Au milieu de la ville, autour d'une place où se trouve un parc remplit d'arbres dont les 4 entrées sont marquées par des arches en cornes de wapitis, les bâtiments sont du style Western profond. Ils sont construits en bois, avec une terrasse au premier étage surplombant le passage couvert du rez-de-chaussée. Sur les façades, au dessus de la terrasse, on peut lire CowBoy Saloon, Denis Brickies, Grocery, etc. Bref, des mots qui plongent directement le visiteur dans l'Amérique profonde comme on la découvre en lisant Lucky Luke.
L'entrée du parc de Grand Teton est à une dizaine de kilomètres au nord de la ville juste avant l'aéroport de Jackson Hole, le seul aéroport américain situé dans un parc national. La route 187 North longe d'abord une réserve naturelle pour les oiseaux. En s'arrêtant au bord de cette route qui traverse la plaine sise à 2000 mètres d'altitude, on aperçoit au loin des troupeaux de bisons qui paissent comme si la civilisation ne les avait jamais touchés. C'est en effet le premier sentiment qui touche le visiteur. On est loin de tout et on a l'impression de remonter dans le temps à une époque où l'homme vivait en parfaite harmonie avec la nature qui le nourrissait et donc qu'il fallait protéger. Au milieu de la vaste plaine coule la Snake River. C'est sur ses rives qu'au petit matin, l'on peut voir les castors, les élans, les bisons, les cerfs et les biches, une multitude d'oiseaux et parfois des ours noirs et des grizzlis.

Il y a plusieurs millions d'années, une formidable fracture nord-sud s'est créée dans ce qui allait devenir le parc. Lors de ce gigantesque bouleversement géologique, la plaine s'est cassée et la partie ouest s'est inclinée pour former une énorme barrière rocheuse, le Teton Range, qui aujourd'hui culmine à plus de 2000m au dessus de la rivière et de la plaine. Entre les deux, de nombreux lacs poissonneux aux eaux claires se sont crées. Ca donne une très bonne idée du paysage. Plat à droite. Une muraille de hautes montagnes à gauche … et au milieu coule une rivière.
Juste après avoir passé le Visitor Center de Moose et acquitté le droit d'entrée (valable 7 jours pour Grand Teton et Yellowstone), la route serpente le long des lacs au pied du massif montagneux. Les vues depuis le Jenny Lake sont impressionnantes. On se sent littéralement écrasés par les montagnes aux cimes acérés comme des lames de rasoir. On est en plein mois d'août et les sommets sont encore couverts de neige. A peu près sur chaque montagne, on voit très clairement les glaciers et les coulées de moraines à travers les forets de sapins qui couvrent les flancs jusqu'à mi-hauteurs.
Pour bien profiter du paysage splendide qu'offre cette chaîne de montagnes, nous avions décidé de loger dans une cabane du Colter Bay Village au bord du Jackson Lac. Les cabanes sont vraiment sympas même si elles sont un peu austères. Notre première impression fut le calme incroyable du site. On n'entend rien ni personne. On a rarement séjourné à un endroit aussi reposant et dé stressant. A quelques pas de là, un lac à moitié à sec nous sépare du massif. Les reflets du soleil couchant sur le miroir liquide avec en image de fond une barrière alpine ne peut laisser le voyageur indifférent.
Dans ce paysage splendide, les nuits sont froides et le feu de bûches allumé par les rangers dans la cheminée de pierre du Visitor Center de Jenny Lake rassemble beaucoup de touristes en quête de chaleur. Juste à coté, un superbe musée exposent des Art et Traditions indiennes. Les collections sont magnifiques et s'est un autre monde, pourtant si proche dans le temps , qui s'offre au visiteur. Au restaurant du village, plusieurs cheminées égaillent une salle à manger peu accueillante. Malheureusement, la nourriture qui y est servie n'apporte aucun plaisir tellement elle est médiocre. Dans la cabane, nous devons allumer le radiateur et les deux couvertures sont bienvenues. La nuit est encore plus calme que le jour. On a l'impression d'être sourd.
Le soleil se lève et vient réchauffer notre cabane. La vie sauvage s'active. Les oiseaux chantent. Les écureuils sautent de branches en branches en faisant tomber des pommes de pins sur le toit en bois. Lse premiers rayons du soleil illuminent les montagnes et donnent à la neige une couleur orange splendide. Comme pour rappeler qu'il fait froid, la base des montagnes est enfouie dans une frange de nuages. On dirait une écharpe.
La visite du parc, qui ne doit pas prendre plus d'une journée, se fait sous un ciel d'un bleu intense. Les couleurs des pins verts sur une prairie jaunie par la chaleur de l'été contrastent à merveille avec le gris des montagnes recouvertes de leurs chapeaux blancs se détachant du ciel bleu azur. A de nombreuses reprises nous croisons des rangers qui nous mettent en garde de la présence d'ours autour des lacs. Ils insistent particulièrement sur le fait qu'il est interdit de nourrir les ours et que ceux-ci peuvent devenir dangereux envers l'homme s'il trouve de la nourriture. Pas plus tard que la semaine dernière, l'ours du Jenny Lake avait dû être abattu pour cette raison.
Pour bien profiter du parc, il ne faut pas rester enfermé dans sa voiture mais faire des randonnées. Une des plus belles est celle du Lake Solitude. Malgré le dénivelé de 700m et les 11.1km à parcourir, elle est faisable en une journée. Le sentier débute de l'autre coté du Jenny Lake. Les plus paresseux le traversent en bateau. Les autres ajoutent 4km pour le contourner depuis le Visitor Center où se trouve l'embarcadère. D'après les rangers que nous allons consulter pour préparer la rando, on a beaucoup de chance de voir des ours et à coup sûr, on verra des élans.
Pas de bol, en fin d'été le climat devient capricieux, les orages éclatent presque tous les jours et si le Jet Stream venant du nord est trop puissant, il se met à pleuvoir. C'est sous une pluie battante et un orage d'une violence inouïe que nous allons nous réfugier à Jackson Lake pour faire du shopping. Les routes du parc sont noyées sous des trombes d'eau et l'aéroport est fermé. Il est 15h00 et il fait noir comme en pleine nuit.
En rentrant vers Colter Bay, toujours sous la pluie, on croise plusieurs véhicules stoppés sur le bas coté de la route. Un troupeau de bisons est juste à coté. Tout le monde profite de ce moment de bonheur pour admirer ces animaux imposants.
La pluie tombera toute la nuit sans discontinuer et c'est avec énormément de regret que nous prenons la décision de plier bagages.